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SIXIESME LIEU
sans fard, ne desguisement aucun : en-cores en leur simplicité, emportent-ils leprix, tant leurs gousts sont treuvés pré-cieux, surpassans toute autre délicatesse.Plus rare présent ne pourriés-vous faireà vos amis , que de Iruicts exquis : voireles plus grands seigneurs ont accoustuméde recevoir liumainement le plain panierd’abricots bien choisis , et la douzaine depoires ou prunes de remarque , quel'homme vertueux leur offre , tant petitsoit-il.
u verger Or comme soigneusement nous recer-
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remarquable étions les moyens de taire paroistre nostre
pourua beau j 0 gj s j cs c l iam p S en l e décorant de tout ce
qu’estimons appartenir à tel dessein , cene sera petit ornement, si le fournissonsde grande abondance de bons fruicts.Moyennant laquelle commodité, se ren-dra nostre habitation passable , encoresque d’autres parties utiles défaillent : l’as-preté naturelle des lieux estant corrigéeparles fruicts. S’arrester à ceux du pays,et n’en vouloir prendre les races que chezles voisins , c’est tous-jours en venir là,que de n’avoir autres fruicts que des com-muns et ordinaires, au lieu de s’efforcerd’exceller par dessus tous autres en cestendroit. En quoi, outre le profit, il y ade l’honneur pour vous, et du plaisirpour toutes personnes gentilles , voyansvostre labeur. Aussi de là vient, quepour louer un verger , l’on dict, l’en-geance des arbres en estre venue de loin.
Où prendre Il est donques nécessaire tirer la matière
b™,fruict,. ùe vostre verger, de la ou elle sera , deprès ou de loin, sans y espargner ne lapeine, ne la despence. Ne craignés d’im-portuner ceux qui ont des bons fruicts ,pour vous en fournir des races : car puisque les arbres précieux ne logent commu-
nément que chés les hommes vertueux ,ils sont tous-jours bien aises de les com-muniquer à leurs semblables.
Entrans donques en matière, noterons Naturel desceci, du général naturel des arbres : que a ^ra‘i. cnB ‘'les sauvaiges rapportent leur fruict tard,et les pi’ivés d’autant plustost, que plusils sont francs , et mieux cultivés. Causecela mesme , la longue et courte vie deleurs bois: car tant plus les arbres ont dedélicatesse, d’eux-mesmes, ou par arti-fice , et plus fructifient, tant moins ré-sistent-ils aux orages. Comme cela notoi-rement se recognoist ès forests agrestes ,où les arbres vivent plus qu’ès vergerscultivés. Que toutes sortes d’arbres, nien toutes aages , ne portent indifférem-ment autant les uns que les autres : es-tant le propre des arbres à gland, despoiriers , et amandiers , de se chargerplus en vieillesse , qu’en jeunesse. Aucontraire , les pommiers , abricottiers,peschers, et autres à noiau, ne rajxportertant, ne de si bons fruicts , vieux quejeunes. Que selon le commun des chosesprécieuses, le dresser d’un verger n’estsans difficulté , principalement pour lelong temps qu’il convient employer avantque de l’avoir rendu au poinct d’en cueillirle fruict. En quoi est requis de faire pro- Temps etvision de longue patience, se plaisant ce- uJrpendant à eslever les jeunes plantes, edi " ment -pour l’espérance de l’avenir : car sans ladélectation qu’on prend à ceste oeuvre ,peu de gensl’entreprendroient. Ce qu’at-tendant, ne serés entièrement despourveude bons fruicts, si à l’advance faictes enterquelque nombre de vieux arbres, sau-vaiges ou francs, que ja avés escartés par-ci par-là , en vostre domaine , par l’unedes manières ci-après monslrées, qui
mieux