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Tome II.
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SIXIESME LIEU

sans fard, ne desguisement aucun : en-cores en leur simplicité, emportent-ils leprix, tant leurs gousts sont treuvés pré-cieux, surpassans toute autre délicatesse.Plus rare présent ne pourriés-vous faireà vos amis , que de Iruicts exquis : voireles plus grands seigneurs ont accoustuméde recevoir liumainement le plain panierdabricots bien choisis , et la douzaine depoires ou prunes de remarque , quel'homme vertueux leur offre , tant petitsoit-il.

u verger Or comme soigneusement nous recer-

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remarquable étions les moyens de taire paroistre nostre

pourua beau j 0 gj s j cs c l iam p S en l e décorant de tout ce

questimons appartenir à tel dessein , cene sera petit ornement, si le fournissonsde grande abondance de bons fruicts.Moyennant laquelle commodité, se ren-dra nostre habitation passable , encoresque dautres parties utiles défaillent : las-preté naturelle des lieux estant corrigéeparles fruicts. Sarrester à ceux du pays,et nen vouloir prendre les races que chezles voisins , cest tous-jours en venir,que de navoir autres fruicts que des com-muns et ordinaires, au lieu de sefforcerdexceller par dessus tous autres en cestendroit. En quoi, outre le profit, il y ade lhonneur pour vous, et du plaisirpour toutes personnes gentilles , voyansvostre labeur. Aussi de vient, quepour louer un verger , lon dict, len-geance des arbres en estre venue de loin.

prendre Il est donques nécessaire tirer la matière

b,fruict,. ùe vostre verger, de la ou elle sera , deprès ou de loin, sans y espargner ne lapeine, ne la despence. Ne craignés dim-portuner ceux qui ont des bons fruicts ,pour vous en fournir des races : car puisque les arbres précieux ne logent commu-

nément que chés les hommes vertueux ,ils sont tous-jours bien aises de les com-muniquer à leurs semblables.

Entrans donques en matière, noterons Naturel desceci, du général naturel des arbres : que a ^rai. cnB'les sauvaiges rapportent leur fruict tard,et les piivés dautant plustost, que plusils sont francs , et mieux cultivés. Causecela mesme , la longue et courte vie deleurs bois: car tant plus les arbres ont dedélicatesse, deux-mesmes, ou par arti-fice , et plus fructifient, tant moins ré-sistent-ils aux orages. Comme cela notoi-rement se recognoist ès forests agrestes , les arbres vivent plus quès vergerscultivés. Que toutes sortes darbres, nien toutes aages , ne portent indifférem-ment autant les uns que les autres : es-tant le propre des arbres à gland, despoiriers , et amandiers , de se chargerplus en vieillesse , quen jeunesse. Aucontraire , les pommiers , abricottiers,peschers, et autres à noiau, ne rajxportertant, ne de si bons fruicts , vieux quejeunes. Que selon le commun des chosesprécieuses, le dresser dun verger nestsans difficulté , principalement pour lelong temps quil convient employer avantque de lavoir rendu au poinct den cueillirle fruict. En quoi est requis de faire pro- Temps etvision de longue patience, se plaisant ce- uJrpendant à eslever les jeunes plantes, edi " ment -pour lespérance de lavenir : car sans ladélectation quon prend à ceste oeuvre ,peu de genslentreprendroient. Ce quat-tendant, ne serés entièrement despourveude bons fruicts, si à ladvance faictes enterquelque nombre de vieux arbres, sau-vaiges ou francs, que ja avés escartés par-ci par- , en vostre domaine , par lunedes manières ci-après monslrées, qui

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