338
SIXIESME LIEU
Plusieurs de les enter après. Voire passans plusfQ>u outre , ne se contentent de les enter uneseule fois, ains y retournent plusieurs,pour faire rapporter aux arbres fruicttrès - précieux. Car il est certain que ,comme les métaux se raffinent tant mieuxque plus souvent l’on les refond : ainsi lesarbres , par réitérés entemens parvien-nent à celle perfection de bonté tant sou-haittée pour la production des excellensfruicts; mesme, par telle curiosité, lesfruicts s’en diversifient et bigearrent avecutile et plaisante admiration. Et d’au-tant que c’est l’un des principaux secretsde la conduicte des fruictiers , ignoré desAnciens, ne faut laisser en arrière dereprésenter l’ordre à cela convenable,sans toutes-fois toucher aux particulièresfaçons d’enter , réservées en leur lieu,rar V , e i qui est tel. Un an après le remuement" yen ' des arbres en la bastardière, vers le moisde Mars ou d’Avril, les jeunes arbres ,quoi-que minces, seront entés en fente ,un peu sur terre ou dedans icelle, simieux vient à propos. Pour la petitessedu tronc , un seul greffe y sera mis, joi-gnant par ses deux escorccs, des deuxcostés, le tronc de l’arbre , icelui et legreffe estans de mesme grosseur. Là, legreffé justement inséré , se reprendratrès-bien, jettant du bois à suffisance pourrecevoir un autre greffé l’année suivante.De mesme en ferés pour la troisiesmefois, la troisiesme année, c’est assavoir,enterés comme dessus, mettant le greffesur l’enté : en suite pour la quatriesme,faisant tous-jours une enteure sur l’autre,quatre doigts en montant: par ce moyen,le dernier greffe logé en lieu du tout pu-rifié, par son exquise eslection et des pré-cédens, rapportera en son temps fruict
très-parfaictement bon. Ainsi dans quatreannées, l’on ente quatre fois un arbre, enchacune le greffant sur le franc. Mais quivoudra gaigner la moitié du temps, cha-cun an entera deux fois un mesme arbre,un en fente, au mois de Mars ou d’A-vril, et l’autre en escusson ou canon , enMai ou Juin, sur le jetton sorti de laprécédente enteure. Peu de difficulté setreuvera-il à ceci , estant l’arbre de soi-mesme vigoureux et bien cultivé, poursouffrir les entemens. De l’enter à l’es-cusson et canon , se pourra - on servirpresques en toutes sortes d’arbres, maisplus expressément ès abricottiers, auber-gers et peschers, leur naturel aimantplus ces façons-ci d’enteure , que lesautres.
Tant s’en faut que l’enter plusieurs u m-jrifois recule les arbres de croistre, comme yjZèh'n °u,aucuns estiment, qu’au contraire, lescontraint à s’advancer davantage. Cela croisement.ne provient toutes-fois du naturel de l’en-ter, ains de celui du coupper, lequel atelle vertu, qu’estans les jettons de l’arbreostés, leur substance en revient aux ra-cines , qui la redonnans au tronc , iceluis’en engrossit d’autant plus que plus defois l’on l’aura recouppé : comme de né-cessité à chacun entement convient faire.
Par ainsi, l’arbre en s’en montant peu àj>eu, acquiert cest avantage, que d’estreplus gros par le bas , que par le haut,selon que raisonnablement l’on le sou-liaitte , pour estre capable de supporteren son temps, comme ferme baze, grandequantité de brancheage , et pouvoir ré-sister à la violence des vents. En quoi necourt si long terme , que dans cinq ou sixans , voire plustost, par le bénéfice duterroir, les arbres ne soyent parvenus a