SIXIESME LIEU
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terre et d’aer. Es olivetes, amandaies ,et coudraies , cinq ou six toises satisfe-ront. Touchant les fruictiers du verger(parmi lesquels peu de ces arbres-ci, nide noiers et chastagniers, sont meslés, at-tendu que selon les climats , eu esgard aurevenu , en sont faictes des forests sépa-rées) , nous leur donnerons quartier en lamanière suivante. Les pommiers, poi-riers , pruniers , cerisiers , abricottiers ,peschers, figuiers, grenadiers, coigniers,sont la plus commune fourniture des ver-gers : esquels arbres, ad-j oint-on quelquenombre de cormiers, cornoaillers , meu-riers, pins, plus pour en passer lalantasie,que pour le profit; mesme que la plus-part d’iceux viennent d’eux-mesmes parles forests agrestes, sans artifice, selon lespays. Aux pommiers, comme aux plusgrands arbres de la trouppe, nous don-nerons le plus de place. Nous la limite-rons à six ou sept toises , équidistammentles plantans en plusieurs rengées : auxautres la moitié moins, revenant à trois,ou à trois toises et demie l’un de l’autre.Etbien-qu’enl’accroistdeces arbresy aiede la différence, si 11’est-elle tant grande,pourtant, qu’il falle donner à aucun d’euxautre particulière portion, ceste-ci estante* pn ys raisonnable. Tout ce dessus s’entend si
venteux faut , , -,
piamcr le, on est en pays tempere , car en endroit
ZrréLnl"] fort battu des vents , faudra plus serré-
qu-enautre. men j planter les arbres , afin qu’unisensemble , puissent aucunement résisterà telles violences. D’ordonner ici de ladistance qui doit estre par-entre les oran-gers , limoniers , et semblables arbresprécieux, n’est à propos, leur délicatesserequérant gouvernement séparé, commesera veu. Donques, poursuivant nostreverger, dirai plusieurs s’estre desceus en
la disposition de leurs arbres , par tropde presse ayans tost défailli. Sous le créditdesquels, m’estant laissé conduire en mespremiers plantemens, ai trouvé, parlerefaire, que mieux vaut planter les arbrestrop largement, que trop estroictement.
La faculté du fonds est aussi à considé- piu, large-autant que plus grasse est la terre, grasse qu’entant plus au large convient y planter les ma ‘ er ‘-arbres, pour l’accroist plus grand qu’ils yfont, qu’en maigre. Après, faut pourveoirà leur situation, mettant les plus petitsarbres du costé de midi, pour en tel en-droit jouir à l’aise de la faveur du soleil,et estre tenus en abri par les grands ,plantés vers le septentrion. La plus-part nhposeru,
i • ,i » 1 • ? arbres à la
disposent leurs vergers a la quinqu once,pour le plaisir de voir les arbres alignésdroictement en tout sens, et les diversesallées qui en tel ordre se présentent àl’œil, où l’on trouve du contentement, etdu profit avec, pour l’aisance du labou-rage, y pouvant la charrue jouer sansdestourbier, et le soleil passer librementà travers les rengs des arbres , pour lamaturité des fruicts : commodités n’es-tans ès vergers confusément coin plantés.Toutes-fois les confus ne laissent d’estrerecommendables , et pour le profit, etpour le plaisir, pourveu que les arbres nesoyent par trop pressés. En voici les rai-sons, plus au long représentées sur sem-blable article en l’édifice de la forest, quele verger paroist à la veue plus touffu,dont les arbres sont confusément plantés,qu’estans alignés : qu’il résiste mieux auxvents , et n’y paroist tant la défectuositédes arbres qui meurent, qu’estans plan-tés en ligne droicte. Or afin qu’en nosvergers rien ne défaille, différemmentles ordonnerons, c’est assavoir, et en