DU THÉÂTRE D’AGRICULTURE.
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CHAPITRE XXI.
De l'Enter en général.
Après avoir planté les arbres, convientles enter pour les affranchir , si jane l’ontesté , dès la bastardière, ou qu’on lesvueille réenter pour le raffinement dufruict : ce qu’en plusieurs manières l’onAdmirable faict, comme sera monstré. Science, par
artifice , est • . , ''Il
celad-enter. jugement universel, estnnee la plus ex-cellente de l’agriculture , comme cellequi donnant lustre au reste du gouverne-ment des champs , a esté , non seulementchérie, ains presques adorée de plusieursgrands personnages arrestés à la con-templation de ses supernaturels effects.Cyrus, roi de Perse, est célébré ès his-toires, pour avoir, avec beaucoup d’arti-fice , de ses propres mains , dressé desbeaux vergers. Parmi les vertueux exer-cices du grand roi François , est couchéle temps qu’il employoit à enter lui-mesme des fruictiers. Aux grands capi-taines, sénateurs, préteurs de l’antiquité,avons-nous de quoi ad-joindre des excel-lons seigneurs gentils-hommes et autresvertueux personnages, de toutes robes etdiverses nations, qui aujour-d’hui prisentl’admirable science d’enter, par la dou-ceur de laquelle , comme par un fort ha-meçon , plusieurs sont attirés à l’universelexercice de l’agriculture. Et de faict, cen’est pas sans cause que la science d’enterravit l’entendement humain. Car quellechose peut faire l’homme plus appro-chante du miracle, que d’insérer le boutd’une branche d’arbre, longuement gardé,Théâtre d’Agriculture } Tome II.
transporté de lointain pays , sur le troncd’un autre arbre , là lui faire prendre vieet accroissement, et avec communicationde substance , ensemble fructifier? Decontraindre, par ce moyen, un poirier,de produire des pommes : un prunier,des abricots : un coignier, des mesles :un aubespin, des poires, et semblables?
D’en diversifier les naturels, changeantleurs figures , grandeurs , couleurs ,odeurs, saveurs ? D’advancer les fruictstardifs, retarder les hastifs?Et en somme,faire des fruicts tout nouveaux, mestifs,voire monstrueux ? Ces choses aviennentpar enter, mesme avec facilité, commes’expérimente tous les jours. Saturne amonstré la science d’enter les arbres, parle tesmoignage de Macrobe . Pline en deC ‘""' r -donne l’invention à un berger, qui accom-modant sa logete, sans y penser , fourrale bout d’une branche vifve de fruictier,dans le tronc d’un arbre freschementcouppé, où se reprenant et s’accroissant,par nouvelle vie , manifesta la merveillede l’oeuvre. Duquel accident l’art d’en-ter estant sorti, et à la longue raffiné parnouvelles additions, selon le naturel deschoses inventées, finalement l’a-on ré-duict en tel poinct, que par diverses ma-nières , avec esbahissement, l’on enteaujour-d’hui les arbres. Sur toutes les-quelles , en a-on choisi quatre pour prin-cipales , dont la facilité en a faict retenirl’usagej sçavoir, en fente, en jietite co-ronne, en escusson, en canon. Desautres , pour y avoir plus de curiositéque d’asseurance , n’en ferons grand es-tât : néantmoins, pour contenter les per-sonnes, sera monstré en son lieu, com-ment l’on s’y gouverne. Et en cest en-droit , traictcrai amplement des précé-
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