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SIXIESME LIEU
Z.et nomsdesfruicts se-ront escritsen billets , àchacun pa-quet le sien.
Quel tempsest requispour enter ,
cause est nécessaire la terre du fossé oùséjourneront les greffes , estre plus sèchequ’humide, et plus froide que chaude ,partant le fossé estre creusé profondé-ment. En cueillant les greffes, les dispo-serés par petits paquets séparés, chacunselon son espèce , dont le nom sera escriten billets de parchemin , pour conserva-tion de la mémoire, non en papier, pourestre plus facile à se pourrir que le par-chemin. Par tel ordre, sans confusion età loisir, tirerés vos greffes de la fosse,ayant dès le commencement marqué lelieu où l’aurés faicte , afin de ne vous des-cevoir. Aucuns, quelques-fois avec bonrencontre , entent les greffes incontinentles avoir cueillis sans nullement séjourner:ce que pourtant ne faut tirer en consé-quence , n’estant le meilleur, pour lehazard qu’il y court. Car cela est très-asseuré, que tout greffe se retire de quel-que peu, comment qu’on le garde, estantséparé d’avec sa mère , lequel mis sur lesauvaigeau tout frès et rempli d’humeur,s’y restressissant,est en grand danger d’ymourir, parle vuide qui à telle occasion sefaict entre le sujet et le greffe, dont levent là enclos dessèche le greffe , et sou-ventes-fois aiissi le sauvaigeau. Mais parl’attente de dix ou douze jours esclieviréstel danger, parce qu’estant le greffe con-venablement resserré avant que l’insérersur le sauvaigeau , après ne s’y retireplus , ains sans délayer s’unit très-fer-mement avec le sujet, par le promptsecours de la sève , si que par ce moyenne peut faillir de faire bonne fin.
Maintenant convient greffer les arbres,c’est à dire, y loger les greffes. Est très-nécessaire en ceste action prendre letemps à propos, afin d’ouvrer comme il
appartient. Les vents, les pluies, lesneges , les grandes chaleurs aussi, con-trarient à ce mesnage. Pour icelui, nouschoisirons des jours calmes et frès : maisn’y pouvans du tout avenir , préféreronsle temps humide et modérément exhalédu costé de midi, à tout autre : mesmenous-nous garderons d’entreprendre tellebesongne , lors que la bize souffle rude-ment , par estre ennemie mortelle desentes, sa violence et siccité les dessé-chans. Les outils pour enter, sont petitescies, haches, serpes, serpillons, cous-teaux grands et petits, des coins de ferou de bois solide, et un marteau : lesmatières, cire ou argille, escorces desaule ou drappeaux, et oziers. De toutcela convient estre abondamment pour-veu, faisant transporter ces choses surl’ouvrage, dans des paniers. Plusieurs nese servent de la cie en ceste action, ainsseulement de la hache ou de la serpe,craignans l’esbranlement du cier nuireplus aux racines des arbres, que les coupsdes haches et des serpes. Cela est bienasseuré au regard des jeunes arbres, pourla foiblesse de leurs racines, dont facile-ment elles se rompent •, mais des gros , cedanger n’est tant à craindre, pour les-quels tailler, est indifférent l’instrumentduquel l’on se doit servir : et quel qu’ilsoit qu’on employé, convient raffiner etadoucir la trenche par le dessus, et sibien, que le greffe s’y puisse commodé-ment joindre. Pour un préallable, serontdeschaussés en pied les arbres qu’on dé-sire enter, et d’iceux ostés tous rejects etcions , afin que leur substance soit entiè-rement laissée pour les greffés : après, lescouppera-on en lieu droict et poli, autantplus bas et près de terre, que plus minces et
Et quelsoutils.