DU THEATRE D’AGRICULTURE.
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tlin à oran-gers , etc,
pratique des princes et grands seigneurs,en France , en Alemagne, et ailleurs ,où, non sans merveille , void-on croistreet meurir ces précieux fruicts , quoi-quesous aer contraire à leur inclination.Descrip- Avec beaucoup d’esbaliissement , celaparoist à Heilderbeg, maison de l’élec-teur palatin, de laquelle le jardin nour-rissant telles précieuses plantes , est en-vironné d’une grande cloison de charpen-terie , et couvert de mesme durant le mau-vais temps : pendant lequel, les arbresy sont tenus chaudement, par des poilesqu’on y eschauffe : et par le moyen desgrandes fenestres , dont le logis est es-clairé , qu’on ouvre et ferme à volonté,le soleil y entre ès beaux jours pour res-jouir les arbres. Finalement, le beautemps venu, et la crainte des froidurespassée, sont les arbres desvelopés deleurs couvertures et cloisons, et laissés aupouvoir de l’esté, si que, moyennant cesmagnifiques sumptuosités , continuelle-ment la douceur du printemps et de l’estérègne en ce logis-là , et jamais n’y estsentie la rigueur de l’hyver.
Le gouvernement de ces arbres requé-rant soin particulier, non communicableen tout avec celui des autres Iruictiers ,requiert aussi particulière démonstration,pour enseigner à les eslever, les faire par-croistre et fructifier. Est besoin entendreque de ces rares plantes, qui des terreslointaines sont ja parvenues ànostre co-gnoissance, l’on en remarque, en Italie principalement , quatre espèces , nom-mées , orangers , citroniers , limoniers etlimones, celles-ci aussi dictes ponciles : eten outre, pour cinquiesme espèce, uneautreappellée, pomme-d’Adam. Lefruictde tous lesquels arbres se mange crud et
La maniéréde conduirecet arbres.
confit, escorces, jus et grains, exceptéela pomme-d’Adam, qui ne sert presquesqu’à estre regardée, maniée , flairée , età s’en laver les mains , pour sa beauté etbonne senteur , estant au reste de peu devaleur. Les grains de ces fruicts pro-duisent des arbres, toutes-f ois lentement,à raison de laquelle longueur, sont lesrejettons chevelus prins ès pieds desgrands arbres, préférés à la semence.
Aussi leurs branches s’enracinent assésbien , liors-mis celles de l’oranger, quipour la clurté de son bois , ne prend ra-cine que très-difficilement et rarement.
Au contraire, la branche du poncile s’en-racine plus facilement et mieux que de nulautre. Le transport de telles 2 )lantes, d’unlieu en autre , est fort fasclieux , ne lepouvant souffrir leur délicatesse, qu’avecimminent péril de les perdre : sur tout sion est contraint de les faire porter de loin,car encores pourroient-elles endurer quel-ques journées , ayant curieusement cou-vert et empaqueté leurs racines. Dontconvient prendre ceste résolution, qu’es-tant en lieu fort esloigné de tels arbres ,laissé le plant, le meilleur sera de se ser-vir de la semence, ce qu’on fera avec es-pérance de bon succès , en la manièresuivante.
Des vazes de terre de potier, ou des pe-tites quaisses de bois, seront renqfiis dela meilleure , plus subtile et maléableterre qu’on pourra recouvrer, qu’à celaon préparera en la criblant et f umant dèsl’iiyver précédent, afin que sous les ef-forts des froidures, elle se cuise et adou-cisse. Le fumier qu’on employera ici sera q ul if UJnierde cheval et de brebis, vieux et pourrisj l “‘ rcit lm -toutes sortes de cendres y sont aussi bon-nes, mais par dessus les autres, celles pro-
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