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SIXIESME LIEU
Gauâe y ougenest d'Es-p oigne.
engrossi, pour de nouveau en ressemer dela graine et faire autre garencière. Et àce que vostre garencière marche conti-nuellement son train sans interruption ,le moyen est, de se résoudre là, que d’enarracher, chacun an, la huictiesme oudixiesme partie, et autant en semer denouveau : dont cueillirés de garence au-tant une année que l’autre, s’entretenantvostre garencière avec frais modérés. Parplant s’édifie aussi la garencière. Parquoi lors qu’en desromprés le fonds pourle renouvellement, retirés les petites ra-cines que treuverés de reste , commejeunes oignons ou pourreaux, et les re-plantés à la nouvelle garencière, où sereprendront avec advancement. La ga-rencière veut estre tenue nettement,comme a esté dict : c’est pourquoi chacunan la faut curieusement eslierber, etmarrer autant que de besoin, sans souf-frir la terre se charger d’aucune planteestrangère, ni de s’endurcir. N’estbesoinde l’arrouser, estant le lieu de soi-mesmegras et bien fumé. Car l’eau y apporte-roit plus de perte que de gain ; tant j>euque ce fust n’y pouvant séjourner sansintérest, attendu que par extraordinairehumeur, facilement se pourrissent cesracines. La terre deschargée de la ga-rence , en reste, non lasse 11e recreue(comme pour le port de presques touteautre chose), ains très-vigoureuse et fer-tile , pour produire ce que par-après luivoudrés commettre, mesme des blés,non tant pour le naturel du fonds , quide nécessité doit estre bon pour la ga-rence , que pour la propriété engraissantede telle plante (i 65 ).
Le gaude ou genest d’Espaigne croistnaturellement en cespays-là, d’où, comme
de sa propre terre, il emporte le nom. Ilprofite, néantmoins, en plusieurs autresendroits , voire ne refuse-il aucune terrene aer , pourveu qu’ils soyent tempérésen leurs qualités. On sème le gaude ensemblable terre , sous les mesmes façonset temps , que les chanvres , mais le plusrarement qu’on peut, pour la petitessede sa graine, n’estant guières plus grosseque celle du pourpier. Après , l’on lesarcle diligemment, à ce qu’aucunes ma-lingnes herbes ne se fourrent parmi : entemps sec on l’arrouse ayant l’eau com-mode , et chacune année on le serfoue,pour tenir la terre en guerest. Ceste plantedemeure plusieurs années en terre, ser-vant outre le profit, au plaisir des jardins,pour la bien-séance de ses belles petitesfleurs jaunes, ainsi que ci-devant a estéreprésenté.
Le gaude est couppé rés de terre lorsque sa graine est meure , ce estant com-munément au mois de Juillet ou d’Aoust.La graine est mise à part pour semer denouveau ; et son bois recueilli, pour prin-cipal revenu de ceste plante : lequel sertaux tainturiers de draps à laine, pourfaire la couleur jaune, la rendant bonneet asseurée, de lui-mesme, sans moyen :et icelle mise dans la couleur bleue dupastel, c’est à dire, le drap taint enjaune, icelui en sort vert 5 la couleurverte se composant du bois de gaude etde l’herbe du pastel (166).
La Bourgongne fournit plusieurs pro-vinces de chardons à draps, dicts aussi àfoulon et à bonnetier, où ils viennentgaiement : si est-ce qu’ailleurs ne refu-sent à profiter , logés en terre assés fer-tile , aisée à manier, plus sèche qu’aqua-tique. Non qu’en la moite ils ne s’ac-
En ce Lieu,chap. z.
Sa cueiltèteet son utilité.
Chardon àdraps.
Quelle terreluiestpropre.