DU THEATRE D’AGRICULTURE.
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dent à être plus espacées. Il faut aux premières ,une terre à seigle, et aux secondes , une terreà froment : la grosse blanche, veinée de rouge ,réussit dans tous les fonds. En appliquant avecdiscernement ces variétés aux terreins du can-ton qu’on habite , il n’y a pas un coin en Eu rope , où la pomme de terre ne puisse prospérer.
De tous les moyens qui ont été piopusé» jjuurmaintenir les pommes de terre dans leur qualité,en augmenter les variétés , et empêcher qu’ellesne s’abâtardissent, il n’y en a point de plus effi-cace que les semis. Il faut de temps en temps lesrenouveler par cette voie , en cueillant, la veillede la récolte des racines, les fruits de l’espècequ’on a dessein de propager, en les conservantpendant l’hiver dans du sable, ou suspendus àdes cordes , en les mêlant au printemps avec dela terre, et les répandant sur des couches ou surun bon terreau. Une fois la plante levée de se-mences , on la sarcle quelquefois, on la butte eton la récolte comme celle qui vient de boutures :replantée dès la seconde année , elle donne déjàd’assez grosses pommes de terre pour offrir uneressource ; mais la production n’est véritable-ment complète que la troisième année. Cettevoie de la Nature , si facile , procure une nou-velle génération pendant une longue successiond’années , conserve sa fécondité et tous ses ca-ractères ; elle a souvent été tentée, mais tou-jours sans but : jamais 011 n’a songé à en suivreles effets , ni à en développer les avantages ,dans la conviction où l’on étoit que les pommesde terre régénérées ainsi, étoient douteuses , dedifficile et trop longue venue pour atteindre leproduit ordinaire. Cet objet m’a paru assez im-portant pour en faire le sujet d’un mémoire in-séré dans ceux publiés par la Société royaled’agriculture , pour l’année 1786 , trimestred’hiver. L’utilité dont il a déjà été à l’Europe ,ne me permet pas d’oublier de l’indiquer ici.
La patate est également susceptible d’offrirbeaucoup d’espèces ou variétés, dont le nombrene fera qu’augmenter à mesure que la planteéprouvera de l’extension dans sa culture. U y ades patates blanches et rouges , des patates hâ-tives et tardives ; c’est l’aliment ordinaire desnègres dans nos îles, pendant plusieurs mois del’année. On a essayé d’en faire du pain ; mais ,
ainsi que la pomme de terre, elle réunit tant debonnes qualités en substance , qu’il n’est pasnécessaire de la décomposer à grands frais pourla soumettre aux opérations du boulanger , etlui concilier les propriétés d’une nourrituresaine, commode et agréable. Cette plante, déjànaturalisée par les Espagnols sur leurs côtes ma-ritimes , n’a plus qu’un pas à faire pour l’êtreparmi nous. On connoît, à cet égard , les tenta-tives des botanistes. J’ai cherché à les seconderen tirant directement de Malaga , des patates ,en les confiantà MM. BroussonetetPuymaurin,pour les planter au Jardin Botanique de Mont-pellier , et à celui de l’Académie de Toulouse ;déjà elles commencoient à laisser entrevoir lesplus heureuses espérances, lorsque le froid de1788 , qui , dans ces cantons , a été de neuf de-grés , est venu les anéantir. M. Puymaurin nes’est pas découragé, il a fait venir des patatesd’Espagne , et en a couvert jusqu’à douze ares(environ un quart d’arpent) ; il en a distribué àdifférens particuliers , et même à des créoles ,qui les ayant trouvées comparables à celles denos îles , ont demandé à les cultiver.
M. Ferrière, jardinier en chef du Jardin desPlantes à Toulouse , a une méthode pour culti-ver la patate , dont le mérite reconnu ne permetpas de la taire ici. Vers le commencement deVentôse (fin de Février), il établit une couche dedouze à quinze degrés de chaleur ; il a des potsdu diamètre de vingt-quatre à vingt-huit centi-mètres (huit à dix pouces), qu’il remplit de terrecomposée de deux tiers terre franche , et d’untiers terreau de fumier de cheval, bien con-sommé , mêlés et passés au crible : ces pots sontensuite enfoncés dans la couche ; il plante, danschacun , trois ou cinq tubercules de patates , re-couverts de quatre à six centimètres (un pouceet demi à deux pouces) de terre: il établit au-dessus des châssis , dont les vitraux sont distansde la surface des pots , d’environ vingt-huit àtrente-trois centimètres (dix à douze pouces).Cinq à six jours après , les patates ayant com-mencé à pousser , il leur donne un léger arro-sement ; il le réitère ensuite aussi souvent qu’iljuge qu’elles en ont besoin. Vers le 1 5 Germinal(commencement d’Avril), les patates ont acquisseize à vingt-quatre centimètres ( six à huit