Band 
Tome II.
Seite
487
JPEG-Download
 

DU THEATRE DAGRICULTURE.

pas autant quil en pourroit apprendre , en re-gardant travailler un bon ouvrier pendant quel-ques minutes.

Quant aux plantations au plantoir , il ne fautse les permettre que pour les boutures , encoremême seulement dans le cas la terre est bienmeuble ; car cet instrument durcit la terre en latassant, la rend par conséquent moins propreà donner passage aux racines, cest-à-dire quildétruit leffet des labours.

Ce que dit Olivier de Serres de la manière defaire des boutures de figuier , de grenadier , decoignassier et de coudrier, na pas besoin decommentaire , mais je ne puis mempêcher defaire une remarque au sujet de ce dernier ar-buste. Cest quon a oublié dans les pépinièresce quon savoit si bien du temps de notre au-teur, cest-à-dire quil se multiplioit par bou-ture. On ly regarde aujourdhui comme un desplus difficiles à reproduire dans ses variétés , at-tendu quon ne connoît que la greffe par ap-proche pour y parvenir. Jai lieu de croire quelancienne pratique sest perdue, parce que, sansfaire attention que le coudrier est larbuste denos climats qui entre le premier en végétation,puisquil fleurit au milieu de lhiver , on a misen terre ses boutures au milieu du printempsavec celles des autres arbres. Jai suivi les con-seils d Olivier de Serres pour multiplier le cou-drier du Levant ( corylus colurna ) , arbre quisélève à la hauteur de nos chênes , dont les fruitsont plus de trois centimètres (un peu plus dunpouce ) de diamètre , dont le bois est propre auxbâtisses et aux constructions navales , comme leprouvent la ville et larsenal de Constantinople ,et qui est encore fort rare dans les pépinières.

Les labours indiqués par Olivier de Serres sexécutent encore en ce moment, et de la mêmemanière , dans les pépinières bien tenues ; maisce quil dit des inconvéniens des arrosemenstrop fréquens nempêche pas certains pépinié-ristes den surcharger leurs plantations lors-quils le peuvent sans trop de dépense : cest cequils appellent pousser à leau. Cette pratique,lorsquelle est outrée , et quelle est la suite duprojet bien déterminé de donner une fausse ap-parence aux plants, dans lintention de tromperles acquéreurs , est une véritable fripponnerie

48 7

qui rentre complètement dans celle qui fait choi-sir un trop bon terrein , ou un terrein trop fumé.

Les progrès de la physique végétale ont amenéune modification importante aux conseils d Oli->vier de Serres, relativement à lébourgeonne-ment des arbres dans la pépinière,ce quil appelleles curer. Daprès les principes même sur lesquelssont fondés ces conseils , on nébourgeonne plusguère les arbres dans les deux ou trois premièresannées de leur transplantation de la pépinière;mais on les taille en crochets, cest-à-dire quoncoupe leurs branches latérales à une distancedautant moins grande du tronc quelles sontplus grosses. La sève arrêtée dans ses déviationspar cette opération se porte avec plus de forcedans la direction perpendiculaire , fait pousserlarbre en hauteur , et les portions de brancheslatérales conservées ne donnent plus que defoibles bourgeons qui soblitèrent petit-à-petit,par suite des progrès du tronc et de la tête delarbre. Cette manière de traiter les arbres , enamusant la sève, pour se servir de lexpressiontrès-juste des jardiniers , na aucun des incon-véniens qui résultent du trop ou du trop peudébourgeonnement, ou de lébourgeonnementà contre-saison ; de plus , il est presque toujoursimpossible de soumettre à des principes géné-raux lépoque de lopération de lébourgeonne-ment, tandis que celle de la taille en crochetse fait toujours entre les deux sèves. Je ne pré-tends pas pour cela quon doive repousser com-plètement la suppression des bourgeons au mo-ment même de leur pousse; il est des cas,malgré la taille en crochet, il faut en enleverquelques-uns : cest plus la pratique que la théo-rie qui peut les indiquer.

La raison et lexpérience ont prouvé, commeje lai déjà observé plus haut, que plus les arbresà fruit séloignoient de leur origine , cest-à-direde ceux du même genre qui naissent dans lesbois, et plus leurs fruits étoient beaux et bons.Or , lorsquon multiplie les greffes sur le mêmesujet, on produit cet effet. Il semble, daprèscela, que beaucoup damateurs , si ce nest despépiniéristes , auroient se livrer au perfec-tionnement des espèces par ce moyen si facileà exécuter ; mais , quoiquil ny ait pas de doutequon a fréquemment greffé et surgreffé des