Les jardins d’Heidelberg , cités par Olivier de Serres comme modèles à suivre dans la cul-ture des orangers , ont été imités en Italie , maisnon en France . Tous les motifs cependantconcourroient à faire adopter le mode qu’on ysuit, de planter les orangers en pleine terre ,et de leur faire élever, chaque hiver , un abri enplanches et en vitrages. Il est facile à l’archi-tecture de fournir ces moyens , de réduire àl’indispensable le nombre des châssis, et d’enrendre commode l’ajustement ou le jeu. Je nefais pas de doute que l’orangerie de Versailles ,par exemple , eût moins coûté d’entretien an-nuel , si elle eût été construite sur le plan de celled’Heidelberg , et qu’elle eût présenté un monu-ment d’un plus grand effet sur l’imagination quecelui qui existe , quelque admirable qu’il soit ;car la Nature eût été réellement vaincue, tandisqu’elle n’est qu’éludée , si je puis employer ceterme.
On ne multiplie guère les orangers aux en-virons de Paris que par semis , soit de grainesde bigarades , soit de graines de citrons , parcequ’on a remarqué que les arbres provenus demarcottes ou de boutures ne prenoient jamaisune belle tige , donnoient moins de fleurs , etduroient moins. On préfère les bigarades lors-qu’il s’agit de greffer les espèces délicates,comme fournissant des résultats plus assurés.
C’est ordinairement en écusson à œil dor-mant qu’on greffe les orangers , mais quelque-fois on préfère celle en fente. Il est une ma-nière de les greffer en fente, imaginée il y a peud’années, qui est très-ingénieuse, et donne desrésultats fort agréables. Elle consiste à placersur un élève de deux ou trois ans , un rameaud’oranger fleurissant : ce rameau fleurit, etdonne même du fruit, comme s’il n’avoit pasquitté l’arbre d’où il a été coupé. Le résultatprésente ainsi un oranger en mignature qui peutse mettre sur une cheminée, sur une fenêtre ,mais qui ne vit que peu d’années , à raison dela différence de densité du bois du sujet et decelui de la greffe.
Comme les racines des orangers , en caisse ,ne peuvent pas s’étendre pour aller chercher auloin la nourriture qui leur est nécessaire , il fautcompenser cette gêne par une terre très-substan-
tielle et par une taille très-rigoureuse. En consé-quence , on leur fournira la première très-sur-chargée de carbonne, c’est-à-dire composée d’untiers de terre franche , d’un sixième de terreaude fumier de vache , d’un tiers de terreau de fu-mier de cheval, et d’un sixième de crotin demouton , de fiente de pigeon et de poudrette ,le tout mélangé successivement et à l’avance,selon l’ordre des matières , de telle sorte quela terre franche soit unie au fumier de vachedeux ans à l’avance, et les derniers ingrédiensseulement quelques mois avant l’époque del’emploi.
Outre la taille annuelle dont parle Olivier de Serres , il faut encore, lorsqu’on voit que lagrosseur de la tête de l’arbre n’est plus en rap-port avec ses racines , que ses bourgeons pous-sent foiblement, rajeunir cette tête en la cou-pant sur ses grosses branches , la rapprocher ,pour se servir de l’expression des jardiniers.
Cette opération doit avoir lieu au printemps ,avant que la sève soit en mouvement. ( L. B.)
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(148) Olivier de Serres n’ayant point cultivé >’ir g e 410,le palmier-dattier (phoenix dactylifera) qui de-mande une chaleur bien supérieure à celle desparties les plus méridionales de la France , com-met deux erreurs dans le court article qu’il luiconsacre. L’une, lorsqu’il assure qu’en semantplusieurs noyaux de dattes , les tiges, produites
par chacun, se réuniront pour former un seularbre ; l’autre , quand il dit que les fleurs mâlesproduisent des fruits. Enoncer ces erreurs suffitpour les réfuter dans l’état actuel de nos connois-sances. (L. B.)
(149) Je ne sache pas qu’aujourd’hui on cul-
tive la canne a sucre (saccnarum ojjicinarurn) en h 38 *France , autre partque dans les serres des jardinsde botanique. Puisqu’ Olivier de Serres annoncequ’on la cultivoit de son temps en Provence , ilfaut le croire, mais cette culture n’a jamais puy être fort étendue, et on a dû y renoncer par lapresque impossibilité de voir arriver les cannesà maturité. ( L■ B.)
Quant à ceux qui désireroient connoître laculture particulière de cette plante et les moyensd’en tirer le sucre et ses produits , ils trouveront
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