DU THEATRE D’AGRICULTURE. 5\ 7
vement des plantes qui passent pour effritantes,ou que l’expérience prouve devoir épuiser lesol plus que les autres ; mais ces plantes , dontles racines ont au plus dix-sept centimètres( six pouces ) de long , peuvent-elles nuire à desarbres qui en ont qui se plongent à deux mètres(cinq à six pieds) en terre? Absorbent-t-elles lesmêmes principes nutritifs? Voilà ce dont il estplus que permis de douter, d’après les donnéesactuelles de la physiologie végétale. Peu de per-sonnes croient aujourd’hui aux sels , aux sucs dela terre s’enfonçant par l’effet des pluies , et re-venant à la surface par suite du labourage. Onne voit dans l’acte de la nutrition des plantes jcomme dans celui de la digestion des animaux,que l’absorbtion de l’eau et de fluides aéri-formes , au moyen de vaisseaux de diversessortes , et que leur décomposition , dans cesmêmes vaisseaux , par l’effet de la chaleur ,joint à un principe inconnu.
Le safran , qui peut venir à bien, sous des ar-bres, dans les parties méridionales de la France ,ne produiroit absolument que des feuilles , s’ilétoit planté dans un verger aux environs deParis . Il demande , pour fournir abondammentdes fleurs , toute l’influence de la lumière etde la chaleur solaire.
Il faut qu’ Olivier de Serres n’ait jamais vules effets que produit la vigne sur les arbresfruitiers , pour avoir conseillé d’en planter dansun verger. Dans les parties les plus chaudes del’Italie , pays où on la fait toujours grimper auxarbres , on évite même de la marier à ceux decette espèce qu’elle empêche de porter fruits etqu’elle déforme. Il n’est pas nécessaire de s’é-tendre sur l’impossibilité d’y penser dans lesparties septentrionales de la France .
Ce que j’ai dit plus haut doit faire présumerque je n’approuve pas qu’on fume et qu’on ar-rose un verger. Malgré l’opinion de notre au-teur, je puis assurer , par l’expérience de tousles agronomes et par la mienne propre, que laqualité des fruits s’en ressent, du moins quandces deux opérations sont faites sans modération.Qui n’a pas goûté de ces poires nauséabondesque quelques jardins légumiers des grandesvilles fournissent? Qui n’a pas remarqué que ,dans les années pluvieuses , tous les fruits en
général ont moins de saveur que dans les annéessèches? Je le répète : on peut, on doit mêmefumer abondamment un verger qu’on plante ;mais le meilleur de tous les engrais qu’on puisselui donner, c’est un défoncement bien profond ,c’est-à-dire dont l’influence se fasse sentir pen-dant un grand nombre d’années ; et s’il est enmauvais sol, le mélange de sa terre avec uneterre de nature opposée : je veux dire que, si lefond est argileux , on y apportera du sable oude la marne calcaire , et que , s’il est sablon-neux ou calcaire , on lui fournira de l’argile ,dans l’un et l’autre cas, en suffisante quantité,pour le rendremeuble et susceptible de conserverl’humidité nécessaire. On a aussi remarqué quecertaines substances , telles que les peaux ; lescornes , les ongles des animaux, se décompo-soient dans la terre avec une grande lenteur ,et portoient plusieurs années de suite la fertilitésur les arbres au pied desquels on les avoitenfouies. Ce n’est donc que dans les terreins lesplus arides et les plus chauds qu’il faut se per-mettre le fumier et les arrosemens.
Les préceptes que donne Olivier de Serres ,pour la conduite des arbres relativement à leursbranchages , sont peu susceptibles d’observa-tions ; il faut seulement y ajouter que les pom-miers sont sujets , lorsqu’ils sont devenus vieux,ou qu’ils sont plantés dans un mauvais terrein ,à cesser de pousser des branches nouvelles :toutes les extrémités des rameaux se changenten ce qu’on appelle des bourses , c’est-à-diredes bouquets de petits chicots ou rameaux obtus,qui , chaque année , se chargent de fleurs etde fruits. Cet état de choses est très-avantageuxen apparence , puisque darbre produit beaucoupplus qu’auparavant , mais il annonce un affai-blissement dans la force végétative ; et, quoi-qu’il puisse durer pendant un certain nombred’années dans cet état , il est bon , pour empê-cher l’arbre dépérir , de le faire cesser , en rac-courcissant toutes les branches , c’est-à-dire enle taillant sur les grosses , de manière qu’il nereste plus aucune bourse : l’année suivante , ilpousse des gourmands qui renouvellent l’arbre.Cette opération ne diffère de celle des rajeunis-semens qu’en ce qu’on laisse les branches beau-coup plus longues. ( X. B.)