DU THEATRE D’ AGRICULTURE.
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sa table tous-jours fournie du plus beauet meilleur pain de sa terre : veu mesmequ’en telle curiosité, rien ne se perd , outrès-peu : d’autant que ce qui reste s’em-ploye utilement ès autres pains de la mai-son. Ceste affection-ci d’avoir beau pains’accouple avec celle des vins , louablel’une et l’autre , estant le propre de touthomme d’esprit, que d’estre exquisementaccommodé de ces deux alimens.
Outre le pain blanc de l’ordinaire , plu-sieurs autres pains, délicats et friands, sefont de la fine fleur de farine, seule etmeslingée, dont la mère-de-famille n’enignorera la façon, par telles gentillesses,manifestant la gentillesse de son esprit,où elle l’employera, et les mains avec,digne ouvrage de toute honorable da-moiselle , pour en parer sa table à la sur-venuedes amis,pour les malades, pour lesenfans, pour opportunément en faire desprésens (20). Fougasses, brassadeaux ,tourtillons, biscuits, eschaudés , oublies,cache - museaux , gasteaux , popelins ,gaufres, petits-chous , maccarons, etc.,sont les plus communes viandes requisesen ce lieu , qu’on façonne diversement,selon les matières qu’on a, desquelles laprincipale est la farine, comme faisantle gros de l’œuvre (21).
Divers pains. Le pain rousset vient après le blanc ,puis le bis, finalement celui des chiens,faisant la quatriesme sorte, qu’on tire duplus grossier des blés, et des reliefs desfarines des autres pains. Telle diversitéet multiplicité de sortes de pains , sontnécessaires au mesnage , y avisant deprès , pour la différence des personnes dela maison ( bien-que cest usage ne soit in-différemment receu par tout) ausquellesse treuvent, et de l’aisance et de l’es-
pargne, tout ce qu’on en peut souhaitter.
C’estoit l’antique façon de vivre de nos Simplicitépremiers pères-grands, que de manger tLhZuZdu pain de leurs valets, communiquans t " Vr '-ensemble, leur nourriture , leur travail,comme j’ai monstre ailleurs. Mais aujour- A11 Lien I,d’hui, que ces actions-là sont distinguées, cl ' apet que le temps a faict passer en force dechose jugée, la distinction des ordres ; laraison veut, qu’aussi bien au traictement,qu’aux habits et exercices, l’on recognoissela différence du maistre au valet, quandmesme ce ne seroit qu’en évitant confu-sion, maintenir ceste divine police, decommander et d’obéir. Ne faire que d’unpain en la maison, est chose , ou tropgrossière ou trop despensière ; telle iné-galité empeschant de marcher clroict lenoble mesnage : n’estant non plus rai-sonnable , que le maistre se nourrisse dupain du valet, que le valet de celui dumaistre. Considéré mesme, que rien nese perd, ains tout s’employe au mes-nage , délicat et grossier; sous telle dis-tinction , que le bon est pour le valet, etle meilleur pour le maistre. Et ce seroitaussi autant se descevoir par brutale ava-rice, de faire tout l’ordinaire de la maison,de pain grossier; que par éventée prodi-galité, de n’en faire que de délicat (22).
Le pain rousset est servi à la table duseigneur, en potage, où il est agréable,et encores profitable à la santé, tenant leventre lasclie, selon les médecins. Il sefaict de pur méteil, composé de fromentet de seigle , y ad-joustant, si on veut,quelque partie des restes de la farine dupain blanc, comme a esté dict. Aussipour la mesme cause de la santé, faict-ondu pain bigarré de blanc et de gris , dontles couleurs distinctes, se voyent par lit-H h h h 2
Pain dedeux cou-leurs.