Band 
Tome II. IIe. Partie.
Seite
806
JPEG-Download
 

8o6

HUICTIESME LIEU

sur-tout à nos abeilles. Si l’on a soin, pendantl’été, de ramasser les fruits qui tombent , poires,pommes, figues , raisins, côtes de melon, ca-rottes même, et betteraves , enfin toutes les plan-tes qui portent un sucre avec elles , et de fairebouillir le tout dans de la lie de vin , on en formeun raisiné dont les abeilles sont friandes. Il faut,pour un hiver, autant de pots, [lésant trois ki-logrammes ( six livres ) , qu’on a de ruches ànourrir : avec ce raisiné, qu’on met deux foispar jour à l’ouverture de la ruche, l’abeille tra-vaille toujours.

Ce procédé fut présenté à la Société royaled’agriculture de Paris , en 1789, par MadameGacon - d’Humières , connue un moyen denourrir et de faire travailler les abeilles pendantles jilus grands froids, et de les préserver desdangers de l’hiver; il fut accueilli de cette Com-pagnie comme une preuve à ajouter à tant d’au-tres exemples de cette vérité , que rien n’est inu-tile aux champs , et inséré dans ses Mémoires,pour cette année (trimestre d’hiver, page )4)*Nous calomnions la Nature faute de la connoître,et nous traitons de superflu ce que nous laissonsperdre , faute de savoir l’employer : c’est ce qu’onverra mieux encore par l’article suivant.

V°. Des Prunes et Prunelles .

Burtin parle du prunellier ou acacia indigène(prunus spinosa) , dont les fruits acides et aus-tères peuvent donner , non de bon vin , mais unesorte de piquette , et sur - tout un très - bonvinaigre.

Ce 11’est que la moindre partie des usages mul-tipliés du prunier épineux. Aucun végétal exo-tique 11e réunit tant de vertus , car son écorce estfébrifuge , ses fleurs sont purgatives, ses racinesdissolvent les concrétions calculeuses , le sucépaissi de son fruit est notre acacia ; son bois ,notre cyprès , etc. ; et cependant l’épine noire ,qui réunit tant d’avantages, est une plante mé-prisée.

Le prunellier trace beaucoup ; mais Duhamela remarqué qu’on peut le contenir, si on le mul-tiplie en semant ses noyaux.

Les pruniers cultivés (prunus domestica ) sontbien plus importuns par les boissons vineusesque leurs fruits pourraient procurer.

Les Anglois , obligés d’acheter des vins étran-gers , et privés des meilleurs par les entraves desdouanes, ont dû étudier les fraudes de leursmarchands de vins , et ils en ont tiré parti. Ilsont découvert, par exemple, qu’une liqueurqu’on leur envoyoit de Hambourg , comme duvin du Rhin , n’étoit composée que du sur d’uneespèce de prune. Cette découverte a suffi pouraméliorer la fabrication du porter et des autresbières. Ils ont fait de nombreux essais ; ils ontemployé tous leurs fruits. Les prunes de Damaset les groseilles rouges sont ceux qui ont eu dusuccès. Le P Heur d’Appligny rend compte deces tentatives, dans ses Instructions sur l’art defaire la bière.

« Il y a long-temps, dit-il , que l’on fait uneespèce de vin avec le suc de ces fruits, que l’onfait fermenter avec du sucre; mais il s’agissoitd’épargner la dépense du sucre. On a essayé lemélange de ces sucs avec des extraits de drè-che , et on leur a fait subir une fermentationcommune. On a éprouvé que le suc exprimé desprunes de Damas fermente [larfaitement bien,sans addition de sucre , lorsqu’il est associé aumoût de drêche. Quant à la quantité, elle dé-pend uniquement de la volonté de ceux qui enfont usage. »

Cette note est encore à joindre à l’exposé dela méthode de M. Jolivet, pour faire de la bièrede la manière la plus simple ( voyez dans letome I , la note (1 i 3 ) du troisième Lieu, déjàcitée, page 4b 1 et suivantes).

Les prunes ordinaires servent à faire une eau-de-vie que les Hongrois appellent raki.

Flachat, directeur des établissemens Levan-tins, et de la manufacture de Saint-Chamond ,publia , en 1 766 , des Observations sur le com-merce et sur les arts de plusieurs contrées ;c’étoit le fruit de ses voyages qu’il dédioit auministre Bertin, ami de l’Agriculture et fon-dateur des Ecoles vétérinaires.

Dans le premier volume (page 226) de cetouvrage , dont les figures sont mal gravées ,Flachat a donné le plan de l’atelier dont lesHongrois se servent pour distiller le raki , telqu’il l’avoit observé à Brodt, sur les bords dela Save. Dans le pays du vin de Tokai , lepeuple boit beaucoup de raki. a On en fait sans