DU THEATRE D’AGRICULTURE.
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cesse à Brodt, parce que la plaine voisine pro-duit beaucoup de fruit. Le raki ressemble assezà l’eau-de-vie ; mais cette liqueur est moins forteet plus agréable au goût. Iis se servent, pourla faire , de pommes , poires , prunes , et au-tres fruits semblables, mais principalement deprunes. Ils en remplissent des cuves, où ils lesécrasent avec les pieds , comme nous foulonsles raisins; ils les laissent fermenter; ils tirentensuite la liqueur, la mêlent avec un peu d’eau,et la mettent dans des alambics qu’ils 11e rem-plissent pas entièrement. Chaque alambic estauprès d’un tonneau qui est traversé par un longtuyau , et qui est plein d’eau ; le bec du chapi-teau de l’alambic va s’unir au tuyau du tonneau;on lute bien ensuite, avec le marc des fruits,les alambics , leurs chapiteaux , ainsi que lestuyaux des tonneaux ; on met alors le feu dansles fourneaux préparés sous les alambics, et onn’emploie que du bois bien sec pour rendre lefeu plus violent. La liqueur coule du tuyau dansun vaisseau où elle achève de se filtrer, au tra-vers d’un linge fin dont il est couvert, et de-làon la transvase dans des barrils. »
Cette description , qu’on ne peut rendre plusclaire sans le secours des figures, suffit à-peu-près pour entendre le procédé, qui suppose quele bois 11’est pas plus rare que les fruits.
Tlachat dit que la quantité de ces fruits faitque l’on donne le raki à bon marché , et que lesHongrois en font des débauches excessives.
Il 11’est guère d’endroits , ajoute - t - il, oùnous n’en puissions faire en France (on saitque la prodigieuse abondance des fruits quel’on porte dans nos marchés , est un des traitsqui a frappé M. Arthur Young dans son voyageen France , et dont il a marqué son étonnement).Flachat, qui avoit bu du raki , prétend qu’ilvaudroit mieux que le peuple but cette liqueur,que démanger les fruits dont elle est composée,et qu’il suffiroit de quelques verres pour sou-tenir les laboureurs et les soldats.
Je pourrois ajouter de nouveaux développe-mens ; mais je pense qu’après V Essai d’une Po-mologie, inséré dans le premier volume , et ceque je viens de dire dans cette note , je n’ai pasbesoin de m’étendre davantage sur les vins desfruits ordinaires.
Il me reste à dire un mot des oranges , dontBurtin n’avoit point à parler dans le pays où ilécrivoit.
VI°. Des Oranges.
Les orangers ( citrus aurantium ) sont indigè-nes , ou à-peu-près acclimatés dans une partie del’Empire. Nous avons des Départeinens où ilscroissent en pleine terre. Un des bons poèmeslatins , écrit par les Modernes, est l’éloge desorangers , ou mala aurea, à la lettre les pommesd’or, par le jésuite Veschambez ( Perpignan ,1692). Par allusion à son titre, il dit qu’enRoussillon , la terre qui nourrit ces arbres seréduit en or végétal :
JDives et arboreu.ni se gleba resolvit in aurum.
Dans le climat des orangers , il peut n’ètrepas inutile de savoir cpie leurs fruits peuventdonner un vin exquis ; c’est un motif de pluspour encourager la culture de ces arbres su-perbes.
Notre collègue, M. Moreau de Saint-Mcry, adécrit, dans les Mémoires de l’ancienne Sociétéd’agriculture de Paris (année 1789, trimestred’hiver, page 29 ) , le procédé dont on se sert dansles Isles pour faire le vin d’oranges. Il y entrebeaucoup de sucre. Quatre cent belles orangesde la Martinique donnent huit pots de jus.
Dans L’Art du Distillateur } par Dubuisson ,l’on trouve une autre recette , où il entre nonseulement du sucre et de l’eau de fleurs d’o-ranges, mais un demi-litre (une chopine ) d’es-prit de vin (alcohol), par chaque litre (chaquepinte ) de liquide. L’auteur ajoute que ce vind’oranges est peut-être la liqueur la plus agréa-ble et la plus salubre de toutes celles que l’onconnoit. Mais ce mélange n’est pas précisémentdu vin, c’est du ratafiat, c’est une liqueur chèreet assez compliquée.
Les Indiens ont une autre méthode plus simple :ils traitent l’oranger comme les sauvages trai-toient l’érable en Canada . Ils entament la tige ,recueillent la sève qui coule, et la font fermenter.Ce procédé, qu’011 vante dans plusieurs de noslivres , est un art digne des Sauvages, qui s’em-barrassent peu de l’arbre , et qui le coupent parle pied pour en avoir le fruit. Ces extravasations