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HUICTIESME LIEU
Cette seconde boisson est encore bonne , maisun peu moins forte que la première. La dépensen’excède pas en tout trente francs pour six hec-tolitres (trois muids), ou moins de cinq cen-times ( un sou ) le litre ( la pinte ). »
Ces recettes ne peuvent être considérées quecomme une ressource extrême, dans le cas oùle vin , le cidre et la bière manquent absolu-ment. Tous les fruits secs peuvent servir à dé-faut de raisins (voyez à ce sujet, dans le tomel,troisième Lieu , chapitre XV, la note (108) ,page 398 et 399 ).
La santé des troupes romaines se conservoitjadis par leur tisane militaire , qui étoit unesorte de vin de fruits séchés. Dans quelque paysqu’elles fussent, les légions faisoient séchertoute sorte de fruits sauvages , poires, pommes,sorbes , prunelles et autres , et buvoient la dé-coction ou l’infusion de ces fruits.
Comme nous l’avons dit à la tête de cet ar-ticle , Virgile, dans ses Géorgiques , attribueaux peuples du nord l’art d’imiter le vin , avecun ferment et des fruits.
Pocula laeti
Fermento , atque acidis imitantur vitea sorbis.
Virgile parle ici de la bière que composoientles habitans du nord avec de l’orge fermentée ,fermento, et des fruits aigres et sauvages , aci-dis sorbis. Cette boisson étoit inconnue auxRomains , car il n’en est pas question dans leurspremiers auteurs d’économie rurale. Palladius rapporte, mais comme un ouï-dire, qu’on faitdu vin et du vinaigre de sorbes mûres et depoires : Item ex sorbis maturis, sicut ex piris,■vinum fieri traditur, et acetum (Pallad. II,xv, 5 ). Cependant les vois de Virgile expli-quent , en effet, tout le secret des vins de fruits.Pour faire une boisson vineuse, il faut des fruitsacides , un ferment, et de l’eau. L’on n’en peutdonc manquer dans aucun des coins delà France ;par-tout on y a des vergers , ou l’on peut enavoir : par-tout on peut se procurer la levure debière, qu’on sait réduire en poudre dans le dé-partement du Nord , et qui, dans cet état, peuts’envoyer au loin. M. Dieudonné dit qu’on enfabrique annuellement cent trente-cinq mille ki-logrammes (plus de deux cent soixante-dix mille
livres) à Lille , Douai, Cambrai, Valenciennes (Statistique du département du Nord , tomell).Avec cette levure en poudre , des fruits quel-conques , et de l’eau, l’on peut faire par-tout duvin et du vinaigre. Mais si le père de famille,éloigné des vignobles , a eu soin de planterou des pommiers , ou des poiriers , il fera debon cidre , qui vaudra toujours mieux que cesmédiocres boissons , ou ces piquettes de fruitssecs. Je renvoie donc ici, et avec confiance, àVEssai d’une Pomologie, dont j’ai déjà parlé.
Je désire que cet Essai d’une Pomologie soitexaminé avec soin dans les divers Déparlemensoù l’on fabrique maintenant du cidre ou dupoiré. Je serai obligé à ceux de mes lecteursqui voudront bien me faire parvenir leurs re-marques pour améliorer l’ouvrage , et pour lerendre digne d’être réimprimé et répandu sé-parément , si l’on juge qu’il puisse être de quel-que utilité dans les autres Départemens où ilseroit si nécessaire de faire naître le désir d’é-lever des arbres à cidre.
Au surplus , si l’on veut savoir quel usageon faisoit à Paris , au quinzième siècle , desboissons vineuses de fruits, on peut lire ce querapporte à ce sujet, V Histoire de la Vie privéedes François , tome II , page 328.
« Une Ordonnance de Charles VI , année1407 , parle d’un breuvage nommé prunellé,qui se vendoit dans les marchés comme le vinet le cidre. Celui-ci tenoit son nom des pru-nelles avec lesquelles il étoit fait. Cette boissons’appeloit dépense. Outre la dépense de pru-nelles , il y en avoit une autre faite de la mêmemanière avec des pommes entières , et qui étoitsur-tout d’usage à Paris . Le Journal de Paris,sous Charles VI et Charles VII , décrivant unedisette qu’éprouva la capitale , en 1420, ditque « ceux qui en hyver avoient fait leurs bu-» vaiges , comme dépence de pommes ou de» prunelles , jetterent au printemps ces fruits» dans la rue , pour que les porcs de Saint-An-» toine les mangeassent, car les religieux de» Saint-Antoine avoient le droit de laisser va-» guer leurs cochons dans les rues. Mais les» pauvres disputaient ces fruits aux cochons ,
» et les dévoroient avec avidité , trop heureux» encore de trouver un aliment. »