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SEPTIÈME MÉMOIRE
SUR L’ÉTABLISSEMENT DES CANAUX DE NAVIGATION.
Septembre 1785.
Depuis que l’on a fait usage des sas à écluses, la navigation artificielle parles canaux est devenue aussi facile et même plus assurée que la navigation na-turelle par les rivières et les mers. Les premières, souvent très rapides, exigentquantité de chevaux pour remonter les bateaux; la plupart, sablonneuses, par-semées d’iles et de bancs de sable, changent de lit à chaque inondation, et s’éten-dant quelquefois sur une grande superficie, ne conservent plus assez de profon-deur pour porter des bateaux. Elles forment presque toutes à leurs embouchuresdans la mer des barres que l’on ne franchit qu’avec la plus grande difficulté.
La navigation sur les mers est souvent dangereuse sur les côtes, par rapportaux écueils. Dans celle qui se fait au large, on est obligé, pour se garantir descorsaires, de faire des armements dispendieux, et dans l’une ou l’autre les tem-pêtes font échouer ou périr beaucoup de bâtiments.
Les canaux de navigation, où l’on n’a aucun de ces risques à courir, aucunde ces obstacles à vaincre, où par le moyen d’un très petit moteur on transporteles fardeaux les plus lourds avec autant de facilité dans la remontée que dansla descente, ces canaux, dis-je, sont sans doute l’une des plus belles et desplus utiles inventions de l’esprit humain : mais il s’en faut de beaucoup qu'onl’ait employée partout où on aurait pu le faire avec avantage, et les canaux denavigation sont encore en petit nombre.
Les anciens, et surtout les Romains, ont fait plusieurs tentatives pour exé-cuter des ouvrages de ce genre, et l'on en trouve encore plusieurs vestiges dont