06 HISTOIRE
qui florissait au quinzième siècle. Quant aux Horloges des sixième, huitième et neu-vième siècles, il est bien prouvé qu’elles étaient mues par l’eau; il ne l’est pas moinsque l’on faisait des Horloges à poids et à échappement plusieurs siècles avant Muller,ou Régiomontanus , comme on l’appelle communément.
Le rouage de la sonnerie, qui ne fut adapté aux Horloges que longtemps après l’in-vention du poids moteur et de l’échappement, était en usage, comme nous le verronsci-après, dès le commencement du douzième siècle; et il nous est permis de croirequ’on s’en servait déjà depuis nombre d’années, ce qui nous rapproche beaucoup del’époque où vivait Gerbert , qui, comme nous l’avons dit, mourut au commencementdu onzième siècle. C’est en effet vers ce temps-là que furent faites les inventions dontnous parlons. On nous accordera bien que le poids moteur, et surtout l’échappement,n’ont pu être inventés que par un homme ayant de grandes connaissances en géomé-trie, en mécanique et dans d’autres sciences exactes; eh bien! à l’époque de Gerbert ,nul homme en France ne fut savant dans aucune de ces sciences, si ce n’est Gerbert lui-même, qui les possédait toutes à un degré éminent. Ce grand dignitaire de l’Églisefut le seul flambeau dont la vive lumière dissipa pour un instant (la vie d’un hommene compte que pour un instant dans l’histoire des peuples) les épaisses ténèbres quienveloppaient encore les dixième et onzième siècles. Si l’on considère que lui seulalors pouvait étudier avec fruit les œuvres sorties de l’école d’Alexandrie et celles desphilosophes de la Grèce, et qu’en outre il avait pu lire Vitruve, Boëce, Cassiodore , etméditer sur toutes les inventions qui avaient été faites, avant lui, dans la mécanique;si l’on considère, disons-nous, que, d’après les rapports des écrivains de son époque,il taisait lui-même, avec un grand succès, toutes sortes d’Horloges et diverses autrespièces mécaniques, on en conclura naturellement qu’il est évidemment l’inventeurdes pièces importantes qui font le sujet de cette digression. Pour nous, ce fait ne faitpas doute; et, s’il n’existe pas encore de preuves positives à l’appui de notre opinion,le jour n’est pas éloigné où, en fouillant dans les archives de l’histoire, on découvriraces preuves, qui ajouteront un fleuron de plus à la couronne scientifique du moineGerbert et du pape Sylvestre II .
Nous n’entreprendrons pas de donner ici la description de ces deux inventions; ellessont connues de toutes les personnes qui possèdent les premiers éléments de l’Horlo-gerie. Nous nous bornerons à dire que le poids est encore maintenant le seul moteurdes grosses Horloges. Quant à l’échappement dont nous parlons, il a été uniquementemployé en France et dans le monde entier jusqu’à la fin du dix-septième siècle.
Malgré l’importance de ces deux inventions, on s’en servit peu pendant les onzième,douzième et treizième siècles. Durant cette période de trois cents ans, les clepsydreset les sabliers continuèrent d’être presque exclusivement en usage. On en fabriquaitqui, ornés et ciselés avec beaucoup d’élégance, contribuaient à la décoration desappartements, comme aujourd’hui les bronzes et les pendules plus ou moinsriches.