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Histoire de l'horlogerie depuis son origine jusqu'à nos jours : précédée de recherches sur la mesure du temps dans l'antiquité et suvie de la biographie des horlogers les plus célèbres de l'Europe / par Pierre Dubois ... Illustrations archéologiques exécutées sous la diréction de Ferdinand Seré
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DE L’HORLOGERIE. 151

Divers contre-temps retardèrent ce voyage d’environ six mois ; enfin, les instructionsnécessaires pour diriger l’épreuve en question ayant été dressées de concert avec laSociété royale, le fils de Harisson s’embarqua à Portsmouth , sur le Deplfort, chargéde porter à la Jamaïque le gouverneur Littleton , et mit à la voile le 18 novembre 1761.

Les détails de sa traversée sont fort intéressants. Après dix-huit jours de route, le6 décembre, les pilotes du vaisseau se faisaient par 13 degrés 50 minutes de longitudeest à l’égard de Portsmouth , tandis que la montre donnait 15 degrés 19 minutes; ainsila différence était d’un degré et demi, de sorte que déjà on la condamnait commeinutile et mauvaise. Mais, Harisson ayant dit qu’il se tenait pour assuré que, si l’ile dePortland était bien marquée sur la carte, on la verrait le lendemain, le capitaine tintferme pour ne pas changer de route; et en effet le lendemain, à sept heures du matin,on découvrit cette île : ce qui rétablit Harisson et son instrument dans l’estime de toutl’équipage du Deplfort, qui, sans l’exactitude de la montre, n’eut point abordé l’ile dePortland, et par là eût manqué, pendant toute la traversée, des rafraîchissements dontil avait besoin.

La reconnaissance de la Désirade, l’une des Antilles , fut pour Harisson un nouveausujet de triomphe; car au moyen de sa montre il annonça cette île, ainsi que toutescelles que l’on rencontre de là jusqu’à la Jamaïque . Il toucha enfin le Port-Royal. Ontrouva qu’en supposant la longitude de Port-Royal, telle que la donnait l’observation dupassage de Mercure en 174-3, de 5 h 7’’ 2” de temps à l’ouest de Greenwich, et à l’égardde Portsmouth , de 5 h 2’ 51”, la montre avait marqué ce temps à 5” près; car ellemarquait à Port-Royal, après 81 jours, 5 h 2’ 46”.

Le retour de Harisson à Portsmouth ne fut pas moins favorable à son instrument.Dès qu’il eut obtenu les certificats nécessaires des vérifications faites à la Jamaïque , ilse rembarqua sur un très-petit bâtiment pour l’Europe. Harisson rentra à Portsmouth après 161 jours depuis son départ. Quelques jours après, on fit les observations néces-saires pour constater l’heure que marquait la montre après un intervalle de temps siconsidérable, et l’on trouva qu’elle l’avait conservée à une minute cinq secondes près,ce qui ne donne qu’une erreur de 18 milles anglais , ou moins d’un tiers de degré,dans les deux traversées. On ne laissa pas , dans le bureau des longitudes , d’élever desdifficultés tendant à affaiblir ces avantages. Harisson répondit à ces difficultés d’unemanière satisfaisante, mais cela n’empêcha pas que le bureau, entraîné par des sug-gestions dont Harisson s’est plaint, ou dans le but de mieux constater la découverte,ne déclarât que ce voyage n’était pas suffisant, et qu’il n’en exigeât un second plusdécisif. Harisson consentit à faire cette nouvelle épreuve de sa montre; mais, désiranty changer quelques pièces, il demanda un délai de quatre à cinq mois, qui lui futaccordé. Le bureau des longitudes lui donna alors, comme à-compte, une somme de61,500 francs, lui promettant le surplus de la récompense promise si le second voyageavait un plein succès.

Un acte du parlement, en 1762, exigea que Harisson, pour recevoir le prix, expli-