2o6 HISTOIRE
surface, il ne le fait pas en raison directe; il augmente aussi, avec quelques excep-tions, comme nous l’avons dit précédemment, proportionnellement à la vitesse descorps, surtout quand on emploie, sans corps gras, des matières différentes.
D’après les expériences d’Emerson, quand un cube de bois tendre du poids de huitlivres se meut sur une surface plane de bois tendre, à raison de trois pieds par seconde,son frottement est d’environ le tiers de son poids; si la surface du premier estrugueuse, le frottement est un peu moindre de la moitié; et, si les deux pièces debois sont très-polies, il n’est environ que le quart du poids. Le frottement d’un boisdoux sur un bois dur, ou d’un bois dur sur un bois doux, est d’un cinquième à unsixième de cette quantité. Celui qui a lieu sur deux bois également durs est d’un sep-tième à un huitième; celui de l’acier poli sur l’acier poli, d’un quart, et sur du cuivreou du plomb, d’un cinquième.
On avait supposé, dans le cas du bois, que le frottement était le plus grand quandles corps étaient tirés en sens contraire h leurs fibres ; mais les expériences de Coulombont démontré le contraire.
Plus les surfaces restent en contact, plus le frottement est considérable. Quand dubois est mu sur du bois, selon la direction de ses fibres, il augmente si on tient lessurfaces en contact pendant quelques secondes, et paraît atteindre son maximum aubout d’une minute; mais, si le mouvement est donné en sens contraire, il faut plusde temps pour que le frottement arrive à ce point. Quand le bois est mu sur métal, lerottement n’atteint son maximum que par un contact prolongé pendant quatre ou cinqjours; si la surface est frottée de suif, il faut plus de temps pour produire cet effet.
L’augmentation de frottement due à la prolongation du contact est si grande, qu’uncorps du poids de 1,650 livres, et qui était mis de suite en mouvement sur une surfacecorrespondante, par une force de 64 livres, exigeait, au bout de trois secondes, 160liv res pour le mettre en mouvement, et demandait, après six jours, 622 livres. Lors-que les surfaces des corps métalliques sont mues l’une sur l’autre, le temps qu’exigele frottement pour atteindre son maximum ne change pas par l’interposition de l’huiled’olive; il en faut davantage quand on emploie la graisse de porc, et bien plus encorelorsque l’on se sert de suif.
Quand le bois roule sur le bois, l’huile, la graisse ou la plombagine diminuent lefrottement d’un tiers. Le moyeu d’une roue graissée n’a que le quart de frottementqu’il aurait si elle ne l’était pas. Lorsque l’acier poli se meut sur l’acier, le frottementest d’environ un quart du poids; sur le cuivre ou le plomb, d’un cinquième; sur lecuivre jaune, d’un sixième. Le frottement des métaux est plus considérable quand ils’exerce sur des métaux de même espèce que sur des métaux différents : ce qui paraitdû à la force supérieure de l’attraction de cohésion entre les métaux similaires. Ainsi,il faut toujours faire les parties des machines qui frottent l’une sur l’autre de différentsmatériaux : dans les montres et les pendules, les roues sont de cuivre et les pignonsd’acier; les pivots de fer agissent sur des coussinets de cuivre jaune ou de métal de