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Tome premier.
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6 L À R G

gent très riches, ií faudra nécessairement que le profit des Espagnols dimi<*nue considérablement, & le leur aussi.

J’ai oui déplorer plusieurs fois, (dic f Auteur qu’on vient de citer) l'a-veuglement du Conseil de François I , qui rebuta Christophe Colomb quilui propofoit les Indes ; en vérité on fit peut-être par imprudence une chosebien sage. En suivant le calcul qui précede , sur la multiplication de largeuren Europe, il est facile de trouver le tems où cette richesse représentativesera si commune qu’elle ne servira plus de rien. Mais quand cette valeurfera réduite à rien, qu’arrivera-t-il ? Précisément ce qui est arrivé chez lesLacédémoniens, lorsque l’argent ayant été précipité dans la mer , & le fersubstitué à sa place, il en falloir une charreté pour conclure un très petit mar-ché. Ce malheur fera-t-il donc si grand ? Et croit-on que quand ce signemétallique fera devenu par son volume très incommode pour le commerce ,les hommes n’aient pas l’industrie d’en imaginer un autre ? Cet inconvé-nient est , de tous ceux qui peuvent arriver , le plus facile à réparer.

Si l’argent est également commun partout, dans tous les Royaumes : sitous les peuples fe trouvent à la fois obligés de renoncer au signe, il n’ya point de mal j il y a même un bien, en ce que les particuliers les moinsppulens pourront fe procurer des vaiííelles propres, faines & solides. C’estapparemment d’après ces principes , bons ou mauvais , que les Espagnols ontraisonné, lorsqu’ils ont défendu d’employer l’or &c l’argent en dorure &autres fuperfluités. On diroit qu’ils ont craint que ces signes de la riches-se ne tardassent trop longtems à s’anéantir à force de devenir communs.

II s’ensuit, de tout ce qui précede , que l’or &ç 1 argent se détruisant peupar eux-mêmes étant des signes très durables , il n’est presque d’aucuneimportance que leur quantité absolue n’augmente pas , & que cette aug-mentation peut à la longue les réduire à l’état des choses communes, quin’ont de prix qji’autant quelles font utiles aux usages de la vie , & parconséquent les dépouiller de leur qualité représentative , ce qui ne seroitpeut-être pas un grand malheur pour les petites Républiques : il n’en estpas de même pour les grands Etats j car on conçoit bien que ce qu’on a ditplus haut n’est que pour faire sentir d’une maniéré frappante 1 absurdité del’Ordonnance des Espagnols fur l’emploi de l’or & de l’argent en meubles,& étoffes de luxe. Mais si l’Ordonnance des Espagnols est mal raisonnée ,c’est qu’étant possesseurs des mines , on conçoit combien il étoit de leur in-térêt que la matière qu’ils en tiroient, s’anéantit & devînt peu commune ,afin qu’elle en fût d’autant plus précieuse , & non précisément par le dan-ger qu’il y avoir que ce signe de la richesse fût jamais réduit à rien , à forcede fe multiplier j c’est ce dont on fe convaincra facilement pat le calcul

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