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Tome premier.
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Si l’écat de l’EafOpe restoit encore» durant deux mille ans , exactement telfu’il est aujourd’hui fans aucune vicissitude sensible j que les mines du Pé-rou ne s’épuisassent point, &c puííènt toujours fe travailler, & que par leurproduit l’augmentation de l’argent en Europe suivît la proportion des deuxcens premieres années, celle de trente-deux à un : il est évident que dansdix-sept ou dix-huit cens ans d’ici, l’argent ne seroit pas encore assez com-mun , pour ne pouvoir être employé à représenter la richesse. Car si l’argentétoit deux cens quatre-vingt-huit fois plus commun , ùn signe équivalant ànotre piece de vingt-quatre fols devroit être deux cens quatre-vingt-huit foisplus grand , ou notre piece de vingt-quatre fols n’équivaudroit alors qu unsigne deux cens quatre-vingt-huit fois plus petit. Mais il y a deux cens qua-íre-ving-huit deniers dans notre piece de vingt-quatre-fols ; donc notre piecede vingt-quatre fols ne repréfenteroit alors que le denier : représentationqui seroit à la vérité fort incommode , mais qui n’anéantiroit pas encoretout-à-fait dans ce métal la quantité représentative. Or , dans combiende tems pense-t-on que l’argent devienne deux cens quatre-vingt-huit foisplus commun, en suivant le rapport d’accroissement de trente-deux à un »par deux cens ans ? Dans dix-huit cens ans, à compter depuis le moment oùf’on a commencé à travailler les mines, ou dans seize cens ans à compterd’aujourd’hui. Car trente-deux est neuf fois dans deux cens quatre-vingt-huit : c’est-à-dire que dans neuf fuis deux cens ans, 1» quantité d argent est-Europe fera à celle qui y étoit quand on a commence a travailler la mine »?comme deux cens quatre-vingt-huit à un. Mais Otl a supposé que dans celung intervalle de tems, les mines donneroient toujours également j qu’onpourroit toujours les travailler ; que l’argent ne souffriroit aucun déchet parPusage, & que l’état de l’Europe dureroit sans aucune viciíïîtude y supposi-tions dont quelques-unes font fausses, & dont les autres ne font pas vrai-semblables. Les mines s’épuisenr,,ou deviennent impossibles á exploiter parleur profondeur • l’argent déchoir par l’ufage ce déchet est beaucoupplus considérable qu’on ne pense » 8c il surviendra nécessairement dans unintervalle de deux mille ans , à compter d’aujourd’hui, quelques-unes de cesgrandes révolutions dans lesquelles toutes les richesses d’une nation dispa-raissent prefqu’entierement, fans qu’on sache bien ce qu’elles deviennent.Elles font ou fondues dans les embrafemens, ou enfoncées dans le sein delh terre. En un mot, qu’avons nous aujourd’hui des trésors des peuples an-ciens ? presque rien. 11 ne faut pas remonter bien haut dans notre histoirepour y trouver l’argent entierement rare, & les plus grands édifices bâtispour des sommes si modiques que nous en sommes aujourd’hui tour étonnés.Tout ce qui subsiste d anciennes monnoies dispersées dans les cabinets desAntiquaires, rempliroit a peine quelques urnes : qit’est devenu le teste ? ÍI