HISTOIRE NATURELLE, LIV. X. IÔ9
D u sommeil des animaux .
Quant à la question,/z les animaux dorment , elle n’estpas bien difficile à résoudre. Premièrement, entre les animauxterrestres , on ne peut (1) nier le sommeil de ceux à qui l'onvoit fermer les yeux dans leur repos. Les Auteurs qui révoquenten doute le sommeil des autres animaux , croient néanmoinsque les (2) aquatiques dorment un peu. C’est pourtant un faitdont les yeux des poissons ne donnent aucun indice : mais onle présume , parceque dans le repos qu’ils prennent , on lesvoit tranquilles & comme assoupis ; qu’alors ils ne remuentque la queue , &c qu’ils fe réveillent en sursaut dès qu’ils en-tendent le moindre bruit. On peut parler plus affirmativementdu sommeil so) des thons ; car ils viennent dormir au bord dela mer, ou fur quelque rocher. Les poissons (4) plats dormentfur les bas-fonds ; & c’est alors qu’ils fe laissent prendre à lamain. Quant aux baleines (5) & aux dauphins , on les entendmême ronfler. II paroît auíîl que les infectes ( 6 ) dorment, par-cequ’alors ils ne font aucun bruit, &í qu’ils ne s’éveillent pasmême quand on leur met de la lumière devant les yeux.
L’enfant qui vient de naître est engourdi d’un sommeil presquecontinuel pendant plusieurs mois : ensuite il s’accoutume chaquejour à veiller plus long-tems. L’homme rêve dès fa plus ten-dre (7) enfance; car à cet âge il fe réveille en sursaut, commeétant effrayé , êc il suce fes levres comme s’il tettoit. II sotrouve néanmoins des hommes qui ne rêvent (8) jamais ; ôcs’il leur arrive ensuite de rêver, contre leur coutume, c’est pour
(8) Nous pensons , avec le P. Har- plexion est bien voisine de la stupidité,douin, que le manque total de la faculté Au reste consultez, sur la nature dude rêver qui se rencontre chez quel- rêve , tant chez l’homme que chez lesquës personnes, prend fa source dans animaux,l’excellentdiscours deM.dela pesanteur du sang, dans Fembarras Buffon fur ce même objet, Hift. Nat.des humeurs qui gênent Faction & tome 5, pages 52.5?, 331,335 & sui-1 essor des esprits, oc qu’une relie com- vantes.
Tome. IF, D d