HISTOIRE NATURELLE, L I V. XV. Z/Z
De huit Jones de cerijes.
Avant la victoire de Lucullus fur le Roi Mithridate , il n yavoit point de cerisier en Italie. Ce fut ce Général qui le pre-mier , Fan de Rome 680, apporta de ces arbres de la provincede Pont (1) : & au bout de six vingts ans on en transporta dansFisle de Bretagne, qui est située dans FOcéan. Néanmoins, quel-ques foins qu on fe soit donnés , il na pas été possible de fairecroître le cerisier en Egypte (a).Les cerises Aproniennes (3) fontles plus rouges (4),comme les Lutaciennes (5) font les plus noi-res ( 6 ). Les Céciliennes (7) font rondes (8). Les Ioniennes ( 9 )ont un très bon goût ; mais il faut les manger fur Farbre, carelles font si tendres, quelles ne frustrent pas qu’on les manie. Lesduracines (10), qui , dans la Campanie , prennent le nom dePliniennes (11), font les meilleures de toutes les efpeces connuesen Italie. Dans la Gaule Belgique, on donne la palme aux cerisesde Lusitanie (11). Celles qui croissent fur les bords du Rhin fonttiercées, ou partagées de trois couleurs, qui font le rouge , leverd & noir j au moyen de quoi elles ressemblent en tout tems
nommons guignes ; nom qui signifiecerises de Guienne , selon Calepin.
(10) Le Pere Hardouin décide quecesontnos bigarreaux: maïs il ne fondecette décision que fur la fausse inter-prétation du mot duracine qu’il faitvenir à duritie. Or j’ai déja eu occa-sion de faire observer que les diversfruits nommés duracins par les Latins,n’avoient point cette étymologie 3 &que cette dénomination étoit d’origineetrangere , venant de dur ou dour 3 motCeltique qui signifie humeur surabon-dante, & source du turgidus des Latins.Voyez ce que j’ai dit au sujet de uvaduracina 3 liv. 14, p. 1 3 8 & 13 9 de ce
volume. Les cerises duracines, que lesRomains préféroient à toute autre es-pece , n’étoient donc point des bigar-reaux, mais de vraies cerises très grosses& remplies d’un suc surabondant. Tel-les font celles que l’on choisit pourconfire brusquement au caramel, sansleur laiíler perdre leur belle forme ècleur grosseur. On les nomme alors ce-rises glacées au sucre.
(: 1) C’est-à-dire cerises de Plinius,,cerises de Pline. C’étoit quelque Ro-main de ce nom qui les avoit mises envogue.
( 1 1) Ce font nos griotes , s’il en saurcroire le Pere Hardouin.