histoire NATURELLE, LIV. XXXV I. IOI
Caton le Censeur n’approuve point la chaux faite de pierres dedifférentes couleurs. La meilleure est celle qu’on fait avec unepierre calcaire blanche. Celle qui est faite avec une pierre cal-
chaux de Boulogne & du fable le pluspur & palle à la claie; il a un pouced’épaisseur ; il est passé à la truelle ;listé & relissé, pour fermer les gerçu-res, avec un liffoir de bois ou d’acierbien poli. Les puits des pompes & leciterneau ont été renduits avec la mê-me précaution. Le fond du citerneauest couvert d’un lit de gros fable.
On voit maintenant l’efprit de la loifur l’exactitude que l’on exigeoit dansl’applicationde l’enduit, Le pourq uoi ildevoir avoirplusteurs couleurs. U pa-roît que ce n’est pas feulement pourles enduits des citernes , que l’on ap-portoit, du tems de Pline, tant defoin & d’exactitude; ceux des autresouvrages n’étoient pas négligés, oncherchoit éxactement à les rendreaustì beaux qu’il étoit polîible, puif-qu’on vouloir même qu’ils eûíFentquelque éclat. 11 falloit fans doutequ’on fe servît non feulement detruelle, mais de lissoir. Je fuis conduità le croire par ce que j’ai observé dansla conserve d’eau qui est encore touteentiere dans les jardins des Religieu-ses Urfulines de Saint -Just à Lyon.L’enduit dont ces murs font couvertsa encore une efpece de luisant qui nelui vient que de ce qu’il est lisse &uni; il est composé, à ce qu’il paroîr,comme celui dont Pline parle ici, deplusieurs couches.
Cette propreté dans les enduits,,dont les Romains étoient si flattés, lesrendoit plus. attentifs fur la prépara-tion de la chaux* & c’est fans doute à
eux que nous sommes redevables desfoins que nous y apportons. Commeeux, nous pensons qu’une chaux an-cienne est meilleure qu’une nouvelle,,qu’il convient d’en employer uneéteinte, au moins depuis trois ans, lots-qu’on cherche à faire des ouvrages so-lides , de durée & qui ne fêlent pas.Le raisonnement vient à l’appui del’expérience : on comprend qu’unechaux n’étantpas exactement calcinée,& ne pouvant l’être à cause de l’épaif-feur des pierres , il faut du tems pourque l’eau , avec laquelle on l’éteinr,puiste en pénétrer routes les molécu-les , & la réduire ainsi en une pat©fine, douce & onctueuse au toucher j,onctuosité qui n’est probablemen t duequ’à cette figure & à cette divisibilitédes parties. M. Belidor prétend ce-pendant que l’onctuosité est augmen-jtée lorfqu’on cuit la chaux avec ditcharbon de terre plutôt qu’avec dabois ; mais je crois que l’onctuosité"que la chaux a acquise alors, en sor-tant même du fourneau,qui est celledont M. Belidor parle , ne lui vientque de ce que le feu du charbonétant beaucoup plus violent que celuidu bois, les parties de la chaux fontmieux calcinées, & par conséquentplus divisées. U en est de la chauxcomme de la poudre à poudrer ; plus;elle est sine , & plus elle est douce aittoucher.
Les ouvrages faits avec une pa-reille chaux doivent être plus polis ; ildoit ne pas si. aisément s’y faire, de fê-lures plus les parties four ténues