HISTOIRE NATURELLE, L1V. XXXVII. ZJJ
de la même maniéré que fait un miroir plan. L’Empereur Néronregardoit, avec une émeraude, les combats des gladiateurs.
Ces pierres nous viennent par lavoie de Carthagene d’Amérique. LesMarchands Péruviens s’y rendent avecplusieurs denrées plus précieuses lesunes que les autres, qu’ils changentavec celles qu’on leur porte d’Europe.Le commerce des Emeraudes est, se-lon Dom George Juan , beaucoupmoins considérable qu’autrefois, cequi ne vient , fans doute, que de ceque les émeraudes qu’on nous enapporte, ne font pas aufll belles queles anciennes , dont la quantité doitdiminuer tous les jours, puisque leursmines étant inconnues , celles qu’ontrouve dans les tombeaux des Indiens,ne doivent être à présent que d’unetrès petite ressource. Les émeraudesqu’on nous apporte , font ordinaire-ment neigeuses ; ce défaut est très ca-pable de faire tomber de prix ces pier-res dont l’éclat qui a toujours quelquechose de sombre , ne demande pasd’ètre tempéré par de semblables ac-cidents. On pourra , il est vrai, re-médier à la perte que le commerce desémeraudes fait, par les recherches desanciennes mines qui pourroient ,comme on l’a dit, aílez aisément seretrouver ì
On suppléeroit encore avec beau-coup plus de facilité à cette perte , &même à une perte entiere , s'il étoitvrai que l’Angleterre en donnât. Bootavance cetre découverte, mais elle nes’est pas confirmée , & les Naturalistesmême de cette iste n’en disent rien,ce que de Laëradéja remarqué. 11 enest peut être ainsi de celles de Portu-
gal , dont il est parlé dans l’ouvragedeBruckman, intitulé Les Grandeursde Dieu manifestées dans les lieuxsouterrains.
L’estime que nous faisons de cettepierre, & fa beauté, feront fans doute,des raisons assez fortes pour en en-tretenir toujours le commerce & sou-tenir ceux du pays où elle se trouvedans les recherches qu’ils en font: ilest vrai que si l’estime où est encorecette pierre étoit comme autrefoisfondée en grande partie fut les vertussingulières qu’on lui attribuoit , cecommerce , bien loin de diminuer,pourroit même en devenir plus consi-dérable , vu la quantité qu’on est obli-gé d’avoir pour subvenir an luxe , quiest de nos jours plus grand que jamais.Le luxe est souvent une suite des lu-mières que l’on acquierre , 8c ces lu-mières font encore plus, souvent des-tructives des erreurs, ce qui fait tomberles idées fausses & romanesques quel’on a fur certaines matières.
Aussi ne pense t-on plus mainte-nant que l’émeraude soit utile contrela fievre intermittente , l’épilepsie , ladysenterie ; l’on croit encore moinsqu’elle puisse tempérer les mouve-ments de l’amour, & plus d’une Cour-tisane n’a pas craint de porter a sondoigt une émeraude , quoiqu ellesût qu’on prétendoit que cette pierrese brisoit en plusieurs morceauxlorsqu’elle servoit d ornement à toutefemme qui avoit manqué à son mari :on ne cherche plus dans l’émeraude unremède pour chafler le venin, & tout