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Tome premier.
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DE BUFFON. . 9

mêmes, mais nécessaires pour saisir les nuances très-fines de leursopérations. II semble navoir aperçu dans chaque espèce quuneuniformité de procédés et dhabitudes, qui donne lidée dêtreobéis-sans à une force aveugle et mécanique, tandis quen observant deplus près, il auroit pu apercevoir des différences très-sensiblesentre les individus, et des actions qui semblent appartenir au rai-sonnement , qui indiquent même des idées abstraites et générales.

La première classe danimaux décrite par M. de Buffon est celledes quadrupèdes ; la seconde, celle des oiseaux ; et cest à ces deuxclasses que sest borné son travail. Une si longue suite de descrip-tions sembloit devoir être monotone, et ne pouvoit intéresser queles savans : mais le talent a su triompher de cet obs;acle. Esclavesou ennemis de lhomme, destinés à sa nourriture, ou nétant pourlui quun spectacle, tous ces êtres, sous le pinceau de M. de Buf-fon, excitent alternativement la terreur, lintérêt, la pitié ou lacuriosité. Le peintre philosophe nen appelle aucun sur celte scènetoujours attachante, toujours animée, sans marquer la place qu'iloccupe dans lunivers, sans montrer ses rapports avec nous. Maissagil-il des animaux qui sont connus seulement par les relationsdes voyageurs, qui ont reçu deux des noms diflérens, dont il fautchercher lhistoire et quelquefois discuter la réalité au milieu derécits vagues et souvent défigurés par le merveilleux , le savantnaturaliste impose silence à son imagination; il a tout lu, toutextrait, tout analysé, tout discuté : on est étonné de trouver unnomenclateur infatigable dans celui de qui on naltendoit que destableaux imposans ou agréables; on lui sait gré davoir plié songénie à des recherches si pénibles; et ceux qui lui auraient repro-ché peut-être davoir sacrifié lexactitude à l'effet, lui pardonnent,et sentent ranimer leur confiance.

Des réflexions philosophiques mêlées aux descriptions, à lex-position des faits et à la peinture des mœurs , ajoutent à lintérêt,aux charmes de cette lecture et à son u'ilité. Ces réflexions ne60nt pas celles dun philosophe qui soumet toutes ses pensées àune analyse rigoureuse, qui suit sur les divers objets les principesdune philosophie toujours une : mais ce ne sont pas non plus cesréflexions isolées que chaque sujet offre à lesprit, qui se présententdelles-mêmes, et nont quune vérité passagère et locale. Celles dede M. de Buffon sattachent toujours à quelque loi générale de lanature, ou du moins à quelque grande idée.

Dans ses discours sur les animaux domestiques, sur les animauxcarnassiers, sur la dégénération des espèces, on le voit tantôt esquis-ser lhistoire du règne animal considéré dans son ensemble, tantôt