L’HISTOIRE NATURELLE. 3 7
grand défaut de tout ceci est une erreur de métaphysique dans loprincipe même de ces méthodes. Cette erreur consiste à mécon-noilre la marche delà nature, qui se fait toujours par nuances, età vouloir juger d’un tout par une seule de ses parties : erreur bienévidente, et qu’il est étonnant de retrouver partout; car presquetous les nomeuclateiirs n’ont employé qu’une partie, comme lesdents, les ongles ou ergots, pour ranger les animaux, les feuillesou les fleurs pour distribuer les plantes, au lieu de se servir detoutes les parties et de chercher les différences ou les ressemblancesdans l’individu tout entier. C’est renoncer volontairement au plusgrand nombre des avantages que la nature nous offre pour laconnoitre , que de refuser de se sert ir de toutes les parties des objetsque nous considérons; et quand même ou seroit assuré de trouverdans quelques parties prises séparément des caractères constans etinvariables, il ne faudrait pas pour cela réduire la counoissancedes productions naturelles à celle de ces parties constantes qui nedonnent que des idées particulières et très-imparfaites du tout; etil me paraît que le seul moyen de faire une méthode instructiveet naturelle, c’est de mettre ensemble les choses qui se ressemblent,et de séparer celles qui diffèrent les unes des autres. Si les individusont une ressemblance parfaite, ou les différences si petites qu’on nepuisse lesapercevoirqu'avec peine , ces individus seront de la mêmeespèce ; si les différences commencent à être sensibles, et qu’enmême temps il y ait toujours beaucoup plus de ressemblances quede différences, les individus seront d’une autre espèce, mais dumême genre que les premiers; et si ces différences sont encore plusmarquées, sans cependant excéder les ressemblances, alors les in-dividus seront non-seulement d’une autre espèce, mais même d’unautre genre que les premiers et les seconds, et cependant ils serontencore de la même classe, parce qu’ils se ressemblent plus qu’ils nediffèrent : mais si au contraire le nombre des différences excèdecelui des ressemblances, alors les individus ne sont pas même dela meme classe. Voilà l’ordre méthodique que l’on doit suivre dansl’arrangement des productions naturelles; bien entendu que lesressemblances et les différences seront prises non-seulement d'unepartie, mais du tout ensemble, et que cette méthode d’inspectionse portera sur la forme, sur la grandeur, sur le port extérieur, surles différentes parties, sur leur nombre, sur leur position, sur lasubstance même de la chose, et qu’on se servira de ces élémens enpetit ou en grand nombre, à mesure qu’on en aura besoin; desorte que si un individu, de quelque nature qu’il soit, est d’unefigure assez singulière pour être toujours reconnu au premier coup