ÉPOQUES DE LA NATURE. 5'n
cornons, des pineaux , qui ne croissent pas dans l’eau , niais dans lesterrains bourbeux auxquels aboutissent les savanes noyées; ensuitecommencent des forêts d’une autre essence : les terres s’élèvent enpente douce, et marquent, pour ainsi dire, leur élévation parla solidité et la dureté des bois quelles produisent. Enfin, aprèsquelques lieues de chenrn en ligne directe depuis la mer , ontrouve des collines dont les coteaux, quoique rapides ,etmême lessommets, sont également garnis d’une grande épaisseur de bonneterre, plantée partout d’arbres de tout âge si pressés, si serrésles uns contre les antres, que leurs cimes entrelacées laissent àpeine passer la lumière du Soleil , et sous leur ombre épaisse en-tretiennent une humidité si froide, que le voyageur .est obligéd’allumer du feu pour y passer la nuit ; tandis qu’à quelque dis-tance de ces sombres forêts, dans les lieux défrichés, la chaleurexcessive pendant le jour est encore trop grande pendant la nuit.Cette vaste terre des côLes et de l’intérieur de la Guiane n’est doncqu’une forêt tout aussi vaste, dans laquelle des sauvages en petitnombre ontfait quelques clairières et de petits abattis, pour pou-voir s’y domicilier sans perdre la jouissance de la chaleur de laterre et de la lumière du jour.
La grande épaisseur de terre végétale qui se trouve jusque sur. le sommet des collines, démontre la formation récente de toutela contrée; elle l’est en effet au point qu’au-dessus de l’une de cescollines nommée la Gabrielle, on voit un petit lac peuplé decrocodiles caymans , que la mer y a laissés, à cinq ou six lieuesde distance et à six ou sept cents pieds de hauteur au-dessus deson niveau. Nulle part on ne trouve de la pierre calcaire; car ontransporte de France la chaux nécessaire pour bâtir à Cayenne :ce qu’on appelle pierre à ravets n’est point une pierre, mais unelave de volcan, trouée comme les scories des forges ; cette lave seprésente en blocs épars ou en monceaux irréguliers, dans quel-ques montagnes où l’on voit les bouches des anciens volcans quisont actuellement éteints, parce que la mer s’est retirée et éloignéedu pied de ces montagnes. Tout concourt donc à prouver qu’iln’y a pas long-temps que les eaux ont abandonné ces collines,et encore moins de temps quelles ont laissé paroître les plaines etles terres basses : car celles-ci ont été presque entièrement fi innéespar le dépôt des eaux courantes. Les fleuves, les rivières , le3ruisseaux, sont si voisins les uns des autres, et en même tempssi larges, si gonflés, si rapides dans la saison des pluies, qu’ilsentraînent incessamment des limons immenses, lescpiels se dépo-sent sur toutes les terres basses et sur le fond de la mer en sédi-