TRAITÉ DE L’AIMANT, etc. 21 5
toujours clans le même sens, le fer ou l’acier prendront presquetoute la force magnétique qu’ils peuvent comporter, et on ne leuren donneroit pas davantage en continuant plus long-temps lesmêmes frottemens : mais si, après avoir aimanté une pièce de ferou d’acier dans un sens, on la passe sur l’aimant dans le sens op-posé , elle perd la plus grande partie de la vertu qu’elle avoit ac-quise, et peut même la perdre loui^-fait, en réitérant les frotte-raens dans ce sens contraire. Ce sont ces phénomènes qui ont faitimaginer à quelques physiciens que la force magnétique rend mo-biles les particules dont le fer est composé. Au reste, si l’on 11e faitque poser le fer ou l'acier sur l'aimant, sans les presser l’un contrel'autre, ou les appliquer fortement, en les passant dans le mêmesens , ils ne reçoivent que peu de vertu magnétique, et ce ne seraqu’en les tenant réunis plusieurs heures de suite qu’ils en acquer-ront davantage, et cependant toujours moins qu’en les frottantdans le même sens, lentement et fortement, un grand nombre defois sur l’aimant.
Le l'eu, la percussion et la flexion, suspendent ou détruisentégalement la force magnétique, parce que ces trois causes chan-gent également la situation respective des parties constituantes dufer et de l’aimant. Ce n’est même que par ce seul changement dela situation respective de leurs parties que le feu peut agir sur laforce magnétique; caron s’est assuré que cette force passe de l’ai-mant au fer, à travers la flamme, sans diminution ni changementde direction : ainsi ce n’esL pas sur la force même que se porte l’ac-tion du feu, mais sur les parties intégrantes de l’aimant ou dufer, dont le feu change la position ; et lorsque, par le refroidisse-ment , celle position des parties se rétablit telle qu’elle éloit avantl’incandescence, la force magnétique reparoît, et devient quel-quefois plus puissante qu’elle ne l’étoit auparavant.
Un aimant artificiel et homogène, tel qu’un barreau d’acierfortement aimanté, exerce sa force attractive dans tous les pointsde sa surface , mais fort inégalement : car si l’on projette de la li-maille de fer sur cet aimant, il n’y aura presque aucun point de sasuperficie qui ne retienne quelques particules de cette limaille,surtout si elle est réduite en poudre très-fine ; les pôles et les an-gles de ce barreau seront les parties qui s'en chargeront le plus,et les faces n’en retiendront qu’une bien moindre quantité. La po-sition des particules de limaille sera aussi fort différente; on lesverra perpendiculaires sur les parties polaires de l'aimant, et ellesseront inclinées plus ou moins vers ces mêmes pôles, dans toutesles autres parties de sa surface.