584 HISTOIRE NATURELLE
femelle fournissoit, aussi bien que le male, une liqueur séminale,et que celle liqueur séminale étoit aussi nécessaire à l’œuvre dela génération que celle du mâle. J’ai tâché d’établir ( chapitrepremier ) que tout corps organisé doit contenir des parties orga-niques vivantes. J’ai prouvé ( chap. II et III ) que la nutrition etla reproduction s’opèrent par une seule et même cause, que lanutrition se fait par la pénétration intime de ces parties organi-ques dans chaque partie du corps, et que la reproduction s’opèrepar le superll u de ces mêmes parties organiques rassemblées dansquelque endroit où elles sont renvoyées de toutes les parties ducorps. J'ai expliqué ( chap. IV ) comment on doit entendre cettethéorie dans la génération de l'homme et des animaux qui ont dessexes. Les femelles étant donc des êtres organisés comme les mâles,elles doivent aussi, comme je l’ai établi, avoir quelques réservoirsoù le superflu des parties organiques soit renvoyé de toutes lesparties de leur corps : ce superflu ne peut pas y arriver sous uneautre forme que sous celle d’une liqueur, puisque c’est un ex-trait de toutes les parties du corps; et cette liqueur est ce que j’aitoujours appelé la semence de la femelle.
Cette liqueur n’est pas, comme le prétend Aristote , une ma-tière inféconde par elle-même, et qui n entre ni comme matière,ni comme forme, dans l’ouvrage de la génération; c’est au con-traire une matière prolifique, et aussi essentiellement prolifiqueque celle du mâle, qui contient les parLies caractéristiques dusexe féminin, que la femelle seule peut produire, comme celledu mâle contient les parties qui doivent former les orgaues mas-culins ; et chacune de ces liqueurs contient en même temps toutesles autres parties organiques qu’on peut regarder comme com-munes aux deux sexes, ce qui fait que, par leur mélange, la fillepeut ressembler à son père, et le fils à sa mère. Cette liqueur n’estpas composée, comme ledit Hippocrate, de deux liqueurs, l’uneforle, qui doit servir à produire des mâles, et l’autre foible, quidort former les femelles; cette supposition est gratuite, et d’ail-leurs je ne vois pas comment on peut concevoir que, dans uneliqueur qui est l’extrait de toutes les parties du corps de la fe-melle, il y ait des parties qui puissent produire des organes quela femelle n’a pas, c’est-à-dire, les organes du mâle.
Cette liqueur doit arriver par quelque voie dans la matrice desanimaux qui portent et nourrissent leur fœtus au-dedans de leurcorps, ou bien elle doit se répandre sur d’autres parties dans lesanimaux qui n’ont point de vraie matrice; ces parties sont haoeufs qu’on peut regarder comme des matrices portatives, et que