620 HISTOIRE NATURELLE
terre, après avoir été submergés et avoir resté quelque tempsdans l’eau, deviennent d’un blanc de lis qui s'efface et se ternitquand on les a retirés, et qu’ils reprennent peu à peu leur pre-mière couleur. Le nombre de ces insectes ailés a été inconce-vable ; cela me persuade que leur propagation a coûté peu à laNature, et que leurs transformations,"s’ils en ont essuyé , ont dûêtre rapides et bien subites.
Il est à remarquer qu’aucune mouche ni aucune autre espèced’insectes ne s’en sont jamais approchées. Ces animalcules éphé-mères, retirés de dessus la tombe , dont ils ne s’éloignoienl point,périssoient une heure après, sans doute pour avoir seulementchangé d’élément et de pâture, et je n’ai pu parvenir, par aucunmoyen , à les conserver en vie.
J’ai cru devoir tirer de la nuit du tombeau et de l’oubli destemps qui les a annihilés, cette observation particulière et si sur-prenante. Les objets qui frappent le moins les yeux du vulgaire,et que la plupart des hommes foulent aux pieds, sont quelque-fois ceux qui méritent le plus d’exercer l’esprit des philosophes ;car comment ont été produits ces insectes dans un lieu où l’airextérieur n’avoil ni communication ni aucune issue? pourquoileur génération s’est-elle opérée si facilement? pourquoi leurpropagation a-t-elle été si grande? quelle est l’origine de ceuxqui, attachés sur les bords des fentes de la pierre qui couvroit lecaveau, ne tenoient à la vie qu’en humant l’air que le cadavreexhaloit ? d’où viennent enfin leur analogie et leur similitudeavec les moucherons qui naissent dans le marc du vin? Il sembleque plus on s’efforce de rassembler les lumières et les découverte*d’un plus grand nombre d’auteurs pour répandre un certain joursur toutes ces questions, plus leurs jugemens partagés et com-battus les replongent dans l’obscurité où la Nature les tient cachés.
Les anciens ont reconnu qu’il naît constamment et régulière-ment une foule d’insectes ailés de la poussière humide des cavernessouterraines ’. Ces observations, et l’exemple que je rapporte,établissent évidemment que telle est la structure de ces animal-cules, que l’air n’est point nécessaire à leur vie ni à leur généra-tion , et on a lieu de présumer qu’elle n’est accélérée , et que lamultitude de ceux qui cloient renfermés dans le cercueil n’a été sigrande, que pareeque les substances animales qui sont concentréesprofondément dans le sein de la terre, soustraites à l’action de l’air,ne souffrent presque point de déperdition , et que les opérations,de la Nature n’v sont troublées par aucun dérangement étranger.
1 Plîn. Hist. nat. iib. AJl. „ ■ ■