DE L’OTSEAU-MOUCIIE. jjt?
Et pour le volume, les petites espèces cle ces oiseaux sont au-des-sous de la grande mouche asile ( le taon ) pour la grandeur, et dubourdon pour la grosseur. Leur bec est une aiguille fine, et leurlangue un fil délié ; leurs petits yeux noirs ne paroissent quedeux points brillans; les plumes de leurs ailes sont si délicates,qu’elles en paroissent transparentes. A peine aperçoit-on leurspieds, tant ils sont courts et menus : ils en font peu d’usage; ilslie se posent que pour passer la nuit, et se laissent, pendant lejour, emporter dans les airs. Leur vol est continu , bourdonnantet rapide. Marcgrave compare le bruit de leurs ailes à celui d’unrouet, et l'exprime par les syllabes hour, hour, hour. Leur bat-tement est si vif, que l’oiseau, s’arrêtant dans les airs, paroît non-seulement immobile, mais tout-à-fait sans action. On le voit s’ar-rêter ainsi quelques instans devant une fleur, et partir commeun trait pour aller à une autre. Il les visite toutes, plongeant sapetite langue dans leur sein , les flattant de ses ailes, sans jamaiss’y fixer, mais aussi sans les quitter jamais ; il ne presse ses incons-tances que pour mieux suivre ses amours et multiplier ses jouis-sances innocentes : car cet amant léger des fleurs vit à leurs dé-pens sans les flétrir; il ne fait que pomper leur miel, et c’est à cetusage que sa langue paroît uniquement destinée. Elle est com-posée de deux fibres creuses , formant un petit canal, divisé aubout en deux filets; elle a la forme d’une trempe, dont elle laitles fonctions : l’oiseau la darde hors de son bec, apparemmentpar un mécanisme de l’os hyoïde, semblable à celui de la languedes pics; il la plonge jusqu’au fond ducalice des fleurs pour en ti-rer les sucs. Telle est sa manière de vivre, d’après touslesautenrsqui en ont écrit. Ils n’ont eu qu’un contradicteur, c’est M. Ba-dier, qui, pour avoir trouvé dans l’œsophage d’un oiseau-mouchequelques débris de petits insectes, en conclut qu’il vit de ces ani-maux , et non du suc des fleurs. Mais nous ne croyons pas devoirfaire céder une multitude de témoignages authentiques à une seuleassertion, qui même paroît prématurée. En effet, que l’oiseau-mouche avale quelques insectes , s'ensuit-il qu’il en vive et s'ennourrisse toujours? et ne semble-t-il pas inévitable qu’en pom-pant le miel des fleurs, ou recueillant leurs poussières, il en-traîne en même temps quelques-uns des petits insectes qui s’ytrouvent engagés? Au reste, la nourriture la plus substantielleest nécessaire pour suffire à la prodigieuse vivacité de l’oiseau-mouche , comparée avec son extrême petitesse ; il faut bien desmolécules organiques pour soutenir tant de force dans de si foi-