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[2] (1835) Royaume de Naples, sites, monumens, scènes et costumes, d'après Haudebourg-Lescot ... [et al.] : Sicile et Malte, sites, monumens, scènes et costumes, d'après Haudebourg-Lescot ... [et al.] / par C.-D. de la Chavanne, D.-D. Farjasse et P****
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L’ITALIE .

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par figures, appellent ces ruisseaux,ainsi grossis , une lava. Celui qui a ditqu’on faisait en un jour, à la halle, plusde figures de rhétorique qu’on n’en trou-verait dans le discours le plus fleuri,n’était pas allé à Naples . C’est vérita-blement là qu’il aurait vule pays du lan-gage figuré, rien ne s’y appelle par sonnom. Entendez crier des noix, ce sont :coscie cli quaglia « cuisses de caille » ;pour vous vendre des poires ou despommes cuites,, on vous dit : beato chitiene la tossa « heureux est celui quitousse » ; tout est hyperbole, le vendeurde pastèque,ou melon d’eau, vous crieraà tue-tête : chegalanteria , vero sorbetLo ,« quelle galanterie, véritable sorbet »,en élevant au-dessus de la tête ses deuxmains dans lesquelles il tient les deuxmoitiés d’un melon qu’il vient de par-tager. En effet, ce fruit mérite biend’être vanté et montré de la sorte. Labelle couleur rouge de sa pulpe,lamo-saïque qu’y dessinent ses nombreusesgraines noires, en font un objet quel’œil peut regarder avec plaisir. Puis,quand vous le mangez, son eau glaceeet sucrée vous paraît délicieuse. Cettepulpe, en apparence consistante, fonddans la bouche à la moindre pression.

La boutique d’un melonaro (PI. 45 )est simple, ses ustensiles ne sont pas engrand nombre, il n’a besoin que d’unlong et large couteau qu’il fait mou-voir avec une vitesse inconcevable ; enun moment le fruit est fendu, montréau public, dépecé, et a disparu entreles mains ou plutôt dans la bouche desamateurs,qui se pressent et secoudoientautour d’un éLalage consistant en unelarge table en pente, sur laquelle ma-nœuvrent un ou deux hommes, suivantleur débit-, à côté est une étagère dis-posée en gradins où sont étalés, coupésou entiers, ceux dont la arosseurmonstrueuse ou la couleur Yivepeuvent

attirer les reaards. Sur le mur, ou surun étendard suspendu aux feuillagesqui décorent un mât, sont des tableauxqui représentent Pulcinella , portantsur ses épaules un de ces melons, dontil paraît avoir toute sa charge. Deuxautres en scient un , d’une grosseur gi-gantesque. Cet étalage est ordinaire-ment à côté d’un magasin que l’onnomme grotte, garni de tables et debancs, où vont s’asseoir ceux qui neveulent pas manger le melon dansla rue.

De Lalande a évalué à trois centmille le nombre des melons d’eau con-sommés dans une année, et je crainsqu’il ne soit encore resté en dessous dela vérité. Il faut avoir éprouvé cettechaleur ardente qui consume dans cepays, pour sentir le bien-être que pro-cure une tranche de ce fruit glacé.Combien de fois, chez Don Paolo, jeme suis donné le plaisir d’en manger,en rentrant de la promenade à minuit !Je trouvais alors que le melonaro avaitraison et qu’il valait un sorbet.

Si la vie sédentaire perfectionnel’ordre social, le soleil de Naples , qui.permet de vivre dans la rue, introduitquelque chose de sauvage dans les ha-bitudes des gens du peuple. Paris etLondres sont deux villes bruyantessans doute; eb bien , ce sont de véri-tables landes, des solitudes, en compa-raison; celui qui n’aura pas vu Naples criera à l’exagération; celui qui l’auravue, trouvera la comparaison faible.Le bruit étonne, il assourdit celui quiparcourt la ville pour la première lois.On est dans Naples et on se croit enenfer. Que signifient ces hurlemens ?où va cette masse de peuple qui mar-che, se croise, se heurte et se préci-pite en tous sens? L’ennemi est-il auxportes de la ville? saint Janvier a-t-ilfait quelque nouveau miracle? le Vé-