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clans les groupes du peuple, s'exhalaen reproches et en plaintes contre legouvernement, n’eut pas de peine àenflammer des têtes que déjà l’ardeurdu jour portait à l’exaltation. Le ma-gistrat chargé de pourvoir à l’appro-visionnement du marché étant survenu,Masaniello ne balança pas à lui repro-cher et la rigueur de l’impôt et sa pro-pre insouciance : ses reproches lurentsi vifs ou si justes, que le peuple, quilorsqu’il souffre ne respecte plus rien,osa frapper ce magistrat, qui eut peineà échapper aux mains des furieux. Cefut le signal de l’insurrection : une fouleimmense se porta avec fureur dans lesdivers bureaux de la perception desdroits et les mit en cendres.
Dans cette première expédition, Ma-saniello marcha toujours à la tête desmécontens. Déjà son zèle s’était faitremarquer ; il leur inspirait la confianceet le respect. Les ayant rassemblés au-tour de lui ,illeur parla avec cette véhé-mence , cette énergie qui caractérisait àRome les discours des tribuns : il y pei-gnait la misère du peuple, l’insolencedes grands, et vomissait des impréca-tions contrelegouvernement du vice-roi.
A peine Masaniello eut-il achevé,qu’il fut reconnu chef suprême du peu-ple. Onlui éleva sur la place de Naples une espèce de trône où il siégeait ensarrau blanc de marinier, tenant à lamain une épée nue pour sceptre. Dèslors ses volontés devinrent des lois, sesordres des décrets, qui étaient exécutésaussitôt que rendus. Comme il ne sa-vait pas écrire, il signait avec une em-preinte de métal qu’il portait attachéeà son cou. Ce n’était pas seulement lapopulace qui lui obéissait, mais deshommes qui lui étaient bien supérieurspar l’éducation et les lumières. En quel-ques jours, plus de trois cent millehommes furent armés, enrégimentés.
Les soldats espagnols disparurent àl’aspect de ce torrent de forces popu-laires ; et le vice-roi lui-même, attaquéet poursuivi par les insurgés, se re-trancha dans un château, et ensuite seca-cha dans un couvent, d’où il ne tarda pasà rendre tous les privilèges que Charles- Quint avait autrefois accordés à la villeet au royaume. C’est ainsi qu’un simplepêcheur, presque adolescent, traitaitd’égal à égal avec le représentant d’ungrand monarque. Cette espèce de ca-pitulation du vice-roi se fit par l’entre-mise d’un cardinal., archevêque de Na ples , Filomarino , qui, dès le commen-cement des troubles, avait jugé delàsituation désespérée où se trouvait legouverneur espagnol , et sentit que,dans de certaines occasions, il faut cé-der à la tempête plutôt que de la bra-ver. Les dignités dont il jouissait im-posaient le respect au peuple soulevé,en même temps que son caractère per-sonnel inspirait la confiance.
Mais il n’était pas dans les destinéesde Naples de jouir même des faveursqu’elle avait conquises. Elle ne tardapas à les payer du sang de ses citoyens.En effet, Masaniello, soit que la cruau-té lui fût naturelle, soi t qu’il voulût fairepasser dans l’âme de ses adversaires laterreur que lui-même éprouvait, selivra à des actes d’une barbarie féroce.Non content d’avoir fait brûler lesmeubles, les maisons même des fer-miers de l’impôt, qui, selon lui, s’é-taient engraissés de la substance, deslarmes du peuples (et aucune mainn’osa s’approprier le moindre débris detant de richesses détruites), il voulaitque leur sang coulât sous ses yeux. Nou-veau Marins, du haut de la fenêtre desa maison, il n’avait qu’à faire un signe,et l’on voyait tomber les têtes d’unnombre clïfayanL de victimes.
’ Bientôt l’imagination de Masaniello