SICILE
INTHODUCTION.
Personne, que je sache, ne s’estencore avisé de nier la distance quisépare l’homme de la plante, et laplante du minéral, de l’être sans vie.C’est peut être la seule vérité que lasottise se soit abstenue de combattre.Quel que soit néanmoins l’immense es-pace qui existe entre les chefs des troisrègnes de la nature, le philosophen’aura pourtant pas manqué d’observerque ces opposés sont liés entre eux parune continuité d’individus qu’on a ju-dicieusement comparés aux anneauxd’une longue chaîne. Ainsi l’on peut,en partant delà matière insensible,suivre une série d’êtres de plus en plusorganisés, et s’élever jusqu’à la plantela plus complète. De même que, parune marche inverse, on parcourt, pardes gradations presque imperceptibles,cette suite d’animaux dont l’homme estle chef, et l’on descend jusqu’au po-lype. Telle est la marche de la nature:jamais ou presque jamais elle ne pro-cède par sauts. Variété, ordre, har-monie, voilà les trois cachets dont leCréateur a empreint son œuvre.
La même dissemblance et le mêmeenchaînement se font aussi remarquerN.
dans l’aspect des différentes contrées ,dans les caractères, les usages desnations. Si donc, par exemple, onconsidère Paris comme le cenlre d’uncercle , et si l’on suit le rayon qui con-duit à Séville , on traversera une suitede provinces d’autant plus différentesqu’elles sont plus éloignées entre elles.Mais le voyageur qui parcourt l’Orléa-nais , le Poitou, la Gascogne, la Na-varre, les deux Castilles et l’Anda-lousie , n’observe pourtant que graduel-lement des caractères dont les traitssont de moins en moins ternes, et, duParisien pâle et blafard, il arrive, pardes nuances insensibles, à l’Andalouxvigoureusement coloré. Cette remar-que, que j’ai trouvée toujours juste surle continent, soit que je voyageassedans le Nord ou en Italie , r/a plusd’application possible à l’égard desîles, dans leurs rapports avec la terreferme. Quelque voisines qu’elles soient,il existe toujours une différence frap-pante dans l’aspect du pays et lesmœurs des insulaires; partant, dans lesmonumens, les usages et tout ce quiattire les considérations du voyageuret du curieux. Douvres est àcentlieues
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