Buch 
[2] (1835) Royaume de Naples, sites, monumens, scènes et costumes, d'après Haudebourg-Lescot ... [et al.] : Sicile et Malte, sites, monumens, scènes et costumes, d'après Haudebourg-Lescot ... [et al.] / par C.-D. de la Chavanne, D.-D. Farjasse et P****
Entstehung
Seite
317
JPEG-Download
 

AGRIGENTE .

pouvoir illimité. D’abord il eut quel-ques succès et paraissait devoir con-quérir toute l’île. Mais le retour d’Aga-thocles vint déconcerter ses projets.Leptinus, général qui commandait lesforces du tyran, tailla son armée enpièces. Xénodicus encourut la hainede ses concitoyens et fut obligé dechercher un asile à Gela : l’ambitionet les projets de délivrance des Agri-gentins furent déçus pour toujours.

Prenant Polyhe pour guide , j’avaisgravi avant l’aurore la roche Athé-nienne, la plus élevée des hauteursd’Agrigente . Placé près des temples deJupiter Atabyrius et de Minerve, monœil embrassait une vaste étendue quetermine la mer. L’aube naissante ré-pandait une lueur mystérieuse et sacréesur ces restes gigantesques épars çà etlà dans la plaine.

Sous un ciel presqu’africain, au mi-lieu de l’été, la lumière qui combatcontrel’obscurité produit mille illusiondont l’imagination la plus froide a peineà se défendre. Bientôt le soleil par saclarté magique vient tirer du chaos cesmasses informes : les premiers rayonsdorent la cime des monts, réveillent lanature assoupie, et semblent rappelerces vénérables monumens à leur anti-que splendeur. Que de luxe ! que demajesté! que de magnificence! Voilàles naumachies, les stades, les rues oùse presse une foule opulente. La co-lonne surgit de ses ruines en majes-tueux portiques, et son fût élancéélève dans les cieux l’entablement sé-vère couronné d’un fronton qui se perddans les nues. Voyez, de ces nobles co-lonnades, s’écouler de longues suites depontifes célébrant les saints mystères.Quel tableau!.. Mais le jour a tout-à-fait paru, la triste réalité vient dissipermes rêves. Ces places sont des champsincultes, ces rues des vallons déserts,

3i 7

ces temples des ruines, et ces pontifes delégères et blanches vapeurs rasant laterre, chassées par les vents du matindans la profondeur des vallées, et queles feux du jour vont bientôt dévorer.

Un amas de débris est ce qui.restedu temple de Jupiter Atabyrius. Apeine voit-on les vestiges de celui deMinerve, quelques traces de celui deCérès, et l’église de saint Biaise s’é-lève sur l'ancien temple de Proser-pine . Une dixaine de colonnes de celuide Junon Lucine sont encore sur pied,et soutiennent une portion de l’enta-blement.

Le temple delà Concorde (PI. i o4) estle mieux conservé ; comme tous les au-tres, il est d’ordre dorique grec et dugenre connu sous le nom de péryptèredouble, c’est-à-dire, que tout autourrègne un portique. Fazello s’est appuyésur une inscription trouvée dans levoisinage, et dont l’autorité est fortrévocable, pour attribuer la consécra-tion de cet édifice à la déesse Omonaïa ;sans avoir réfléchi que l’inscription estlatine, et qu’on ne connaît en grecqu’un autel élevé dans Olympie à cettedivinité honorée plus particulièrementdes Romains.

Ce morceau, du plus beau style,un des plus complets de la Sicile , estpresqu’intact. La cella ou nef est en-tière à peu de chose près : elle estlarge de trente pieds et trois fois aussilongue. Le toit, la frise et la cornichedes côtés sont détruits, ainsi qu’unepartie du fronton. On entre dans l’in-térieur par une porte ouverte au centredu pronaos façade antérieure. Sur lescôlés , douze ouvertures ont été prati-quées , lorsqu’au moyen âge ce monu-ment fut converti en une église, sousl’invocation de saint Grégoire, patronde Girgenti . I/édificc s’élève sur uns ty loba te ou perron à quatre faces for-