3î5
dapes d’Horace, on peut cependant yvivre. Il est plus utile de se pourvoirde draps de lit et de couvertures, etrenoncer bravement à tous les im-pedimenta qui font des bagages d’unvoyageur une ambulance de vivandière.
Enfin je dis adieu à Trapani , c’étaitun dimanche, le plus beau jour de lasemaine pour voyager. Les villages sontanimés , les paysans dans leurs atoursse pressent sur la place publique, ilsne sont plus courbés contre la terre ;vous les voyez face à face, et pendantqu’ils vous regardent avec étonnement,vous, voyageur expérimenté, vous lespassez en revue. Les femmes surtoutsont plus proprettes, plus pimpantes;celles des environs de Trapani nemanquent pas d’élégance (PI. io 5 ).
A dix-huit milles à l’orient, en sui-vant une route aussi commode que lesplus belles d’Angleterre, on trouve Ca-latafimi, fondation des Arabes. Cemot dans leur langue veut dire « forte-resse d’Euphème ». Il existe en Sicile dix ou douze villes ou villages dont lesnoms commencent par Calat, Calalaou Calta, ce sont autant de souvenirsque les Sarrasins y ont laissés. Guil-laume de Porcelet, gentilhomme pro-vençal, commandait cette place, lorsdu massacre des Vêpres Siciliennes . Ildut son salut à sa modération et à sa ré-putation d’équité. Philippe de Scalam-brê, gouverneur du val de Noto , méritaaussi d’être épargné. A une lieue envi-ron , sur le Colle Barbaro, s’élève letemple d’Égeste . Les Romains supers-titieux firent précéder ce nom d’un S ,pour éloigner l’idée affligeante que pré-sentait le mot Egestas « pauvreté ».
L’histoire, qui vit de désastres,trouve dans les annales d’Egesle de
tristes et nombreux alimens ; l’originede cette ville , comme celle de tantd’autres, est toute fabuleuse.
Aceste ouEgeste, son fondateur, na-quit en Sicile d’une jeune Troyenne,que le fleuve Crymis avait séduite, enprenant la forme d’un beau chien. Larichesse des campagnes fixa une partiedes compagnons d’Énée . La nouvellerépublique devint rapidement une desplus florissantes de l’île. Une querelleà l’occasion d’une petite portion de ter-ritoire que lui disputait Sélinunte , de-vint l’origine des hostilités cruelles dontl’issue fut la ruine des deux états, tou-jours disposés à appeler à leur secoursles Carthaginois ou les Grecs. Un sujetsemblable, quelques prairies sur lesbords du Mazarum , avaient allumé laguerre entre les Égestains et ceux deLilybée ; mais plus sages ceLte fois ^ ilsavaient terminé leurs différens par unepaix que Diodore rapporte à la troi-sième année de la 81 e olympiade. Lesdiscordes avec les Sélinontins forcè-rent Égeste de s’allier à Léontiumj dé-goûté de la domination de Syracuse .Ils envoyèrent des ambassadeurs àAthènes pour demander du secours ,promettant des sommes énormes.
Les protecteurs voulurent d’abords’assurer des richesses d’Égeste ; ils en-voyèrent à cet effet des députés qui trou-vèrent dans le temple de Vénus Ërycineune immense quantité d’urnes sacréeset profanes, en or et en argent, et deplus, un nombre presque égal d’autresvases précieux prêtés aux Égestainsparles populationsvoisines. A l’arrivéede l’armée des Athéniens, Nycias reçutune avance de trente talens ( vingt®mille francs de notre monnaie). Aidéde la cavalerie d’Egeste , il ravageaHycare , ville du voisinage. La ventedes liabitans produisit cent vingt ta-lens , la célèbre Laïs était du nombre.