avec goût. Le pavé est orné d’ara-besques en marbre, en porphyre etautres pierres de couleur, de dessinsoù l’artiste semble plutôt avoir visé àl’originalité qu’à l’élégance. La cha-pelle du maître-autel et les deux laté-rales sont les plus riches. L’architecteles a embellies de quatre superbes co-lonnes de jaspe sanguin. Celle de gau-che, dédiée à saint Pierre, est ornéed’une statue de Ragusa, sculpteur pa-lermitain, représentant le prince desapôtres. Les murailles du chœur sontrevêtues d’incrustations en pierres du-res, du plus grand prix. Enfin il n’estpas un seul endroit de cette petiteéglise qui n’attire l’admiration duvoyageur. Aucun temple chrétien,même Saint-Pierre de Rome ou Saint-Marc de Venise , ne renferme tant derichesses dans un si petit espace. Lasacristie correspond à cette magnifi-cence. J’y vis plusieurs morceaux desculpture et des inscriptions qui rap-pellent des événemens dont le souvenirest cher à la famille royale des Deux-Siciles . Je remarquai entre autres unbas-relief représentant le mariage deson altesse royale la princesse Amélieavec le duc d’Orléans. On me fit voirun magnifique ostensoir de vermeilorné de topazes de la plus grandebeapté, que le prince de Joinvillevenait d’offrir depuis peu à la chapelleroyale, de la part de sa majesté Louis-Philippe , en souvenir de ses heureusesnoces.
Suivant l’usage général en Sicile eten Italie , au-dessous de l’église setrouve un oratoire. Celui-ci est très-révéré des Palermitains. Une tradition,qui jouit encore d’un certain crédit,rapporte que saint Pierre lui-mêmeconsacra une chapelle qui occupait cetemplacement, et telle était la vénéra-tion des peuples pour cet asile sacré,
que les Sarrasins mêmes n’osèrent ledétruire. Le vicaire de Jésus ayantpris ce temple sous sa protection, lapiété des fidèles lui dédia la nouvelleéglise élevée sur ses ruines, et l’an-cienne fut transformée en caveau desti-né à recevoir les dépouilles mortellesdes vice-rois et celles des douze cha-noines qui composent le chapitre decette paroisse.
Le palais royal de Palerme n’est pasle seul ouvrage laissé parles Normands à l’admiration de la postérité. On doitcompter surtout au nombre des monu-mens élevés par la piété de ces hardisconquérans les églises de Saint-Nicolasà Messine, de Sainte-Agathe à Catane ,le monastère de Montréal aux environsde Palerme , et dans cette ville les égli-ses de la Martorana , de sainte Mariealla Catena, et au premier rang laCathédrale (PI. i io ).
L’archevêque Gaulthier, précepteuret ami de Guillaume II, surnommé leBon, jeta, en 1170, les fondemens decet élégant édifice, dont la construc-tion demanda quinze années. Ce digneprélat avait déjà fait travailler auxornemens de l’intérieur lorsque lesouvriers furent obligés de les aban-donner pour l’église de Montréal dontle roi pressait l’achèvement. Depuislors , ce temple ayant été terminé pardifférens princes et à difiérentes épo-ques , il en résulte un manque d’har-monie et une confusion de styles quicontrastent avec l’eurythmie de l’exté-rieur, et cette opposition est rendueplus sensible encore depuis que l’igno-ble badigeon a pollué les parois inté-rieures du temple, couvertes autrefoisd’une vénérable teinte de vétusté siconvenable aux lieux qui renfermentles cendres du prince fondateur de lamonarchie sicilienne.
Sous ces voûtes reposent les restes