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je fus presqu’aussi étonné de cette af-fluence, quoique je fusse habitué à lafoule immense qui inonde la rue deTolède et Chiaja au moment delà pro-menade.
La capitale de la Sicile comptecent soixante-dix mille liabitans, res-serrés dans une surface tout au pluségale au huitième de Paris . On peuts’imaginer combien cette populationdoit être bruyante et confuse ; aussine s’entend-on pas dans les rues prin-cipales. L’encombrement de la voiepublique résulte surtout de ce queles trottoirs sont occupés par des gensde métier travaillant en plein air,suivant l’usage du Levant. Il faut quela position géographique de la Si-cile soit bien favorable à l’adoption desmœurs orientales, ou que l’influencedes Mahométans ait été bien grandeautrefois, puisque plus de sept sièclesaprès leur expulsion , on s’aperçoit en-core des traces de leur séjour. Les ruesde Palerme avec leurs enseignes écla-tantes , la physionomie africaine de seshabitans, les nombreux marchands desorbets, de cédrats , de limons, de da-tes, de pastèques, des fruits du cactus,les fontaines à chaque pas, les canta-storie , espèces de rapsodes à la ma-nière des conteurs arabes dont certesils tirent leur origine, enfin jusqu’auxbaloons des couvens qui, semblablesaux harems, occupent le comble desédifices, donnent à cette ville un aspecttout-à-fait oriental.
La plupart des terrasses des palaiset maisons du Cassaro sont douéesà des communautés de femmes, sou-vent fort éloignées de là. A certainesheures du jour les religieuses, et leursélèves s’y rendent par des galeries pra-tiquées sous les rues et les places, etqui souvent passent au-dessous desédifices. Elles viennent jouir du coup-
d’œil de la promenade, cultiver quel-ques jardinets et donner la pâture àdes tourterelles et de blanches colombesrecluses comme elles.
Des grilles dorées les défendentcontre les regards des curieux , quisouvent par leurs indiscrétions ont faitinterdire pour quelque temps ces di-vertissemens bien innocens.
La Planche 111 représente un deces balcons : la vue est prise de l’angled’une petite rue qui communique auCassaro.
Je crois que l’on a des idées bienfausses sur l’intérieur des monastèresde filles. Jamais peut-être les règlesn’ont-elles été si strictement obser-vées, c’est du moins ce que m’ont ditdes personnes bien instruites. On pré-tend qu’elles expient aujourd’hui leuramour pour les plaisirs un peu tropmondains qu’elles se permettaient au-trefois. On parle de collations recher-chées , de concerts, de fêtes brillantesoù les étrangers étaient admis; maisl’indiscrétion des invités ayant éveillél’attention des supérieurs, on mit unterme à ces divertissemens. Je crainsbien que mes compatriotes n’aient étépour une bonne part dans ces intem-pérances de langue, et par conséquentcause de la vie toute cénobitique quia succédé à ces temps de plaisir.
Je profitai du reste delà journée pourvisiter le couvent des capucins placédans une situation ravissante, à unepetite lieue de Palerme . Cet ancien sé-jour d’Antoine de Padoue est de la plusgrande simplicité; on y remarque mêmeun certain désordre qui, sans être uneffet de l’art, n’en est que plus pitto-resque. Les jardins, mal tenus, onttous les"charmes delà nature échevelée.Les lauriers, les cédrats, les myrtes,les jasmins s’entremêlent confusémentet forment des berceaux touffus rafraî-