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[2] (1835) Royaume de Naples, sites, monumens, scènes et costumes, d'après Haudebourg-Lescot ... [et al.] : Sicile et Malte, sites, monumens, scènes et costumes, d'après Haudebourg-Lescot ... [et al.] / par C.-D. de la Chavanne, D.-D. Farjasse et P****
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PALERME . 347

chis par des courons d’eau vive quis’épanchent librement çà et là.

Je regrettai que l’heure avancée nemepermit pasderester plus long-tempsdans cet asile des premiers chrétiens, etje me fis conduire aux catacombes quej’étaisvenuvoir. Un vaste souterrainducouvent (PI. 112) a reçu cette destina-tion. On y parvient par un escalier obs-cur. Toutesles murailles sont garnies deniches occupées par des cadavres dessé-chés dont la peau et les muscles contrac-tés par le temps et collés sur les osproduisent des jeux de physionomiehorribles. L’un paraît en proie à des dou-leurs atroces, l’autre accablé d’un som-meil agité, celui-ci semble rire et celui-là d’une colère affreuse. Souvent cescorps, mal retenus, s’affaissent, se cour-bent et prennenL cent postures grotes-ques et repoussantes. Tous sont habil-lés , les religieux sont rangés dans desespèces de guérites, les séculiers dansdes cercueils dont les couvercles s’ou-vrent à volonté.

Le deuxième jour de novembre, lesfamilles qui tiennent à honneur de re-poser dans ces cryptes viennent visi-ter leurs morts, chercher dans ces phy-sionomies décharnées quelques res-tes des traits qui leur furent chers , etchoisir le lieu de leur dernier séjour.Ces momies m’ont paru mieux conser-vées que celles que j’avais vues à Rome et à Naples , et bien plus nombreusesque celles de la tour Saint-Michel àBordeaux . Je n’aurais pu choisir unmoment plus favorable pour les visi-ter. Le jour était près de finir, le soleil àl’horizon lançait à travers les croiséesqui éclairent ces voûtes quelques rayonsmourons sur cette scène de terreur quim’absorba bientôt tout entier. Je neméditais plus; immobile, l’oeil fixe, jeregardais sans voir, lorsque le glas del’angélus fit vibrer les vitraux, et jeN.

crus entendre retentir à mon âme cesparoles funèbres :

Meraento homo quia pulvis es et in p ulyerereverteris.

Homme , souviens-toi que tu n es que pous-sière, et qu’eu poussière tu retourneras un jour.

J’avais fait une provision suffisantede mélancolie. Je m’y laisse aller vo-lontiers au retour, mais en voyage c’estce que je redoute le plus après les doua-niers , l’Anglais superbe et le Français bavard. Aussi, pour chasser mes idéesnoires , je revins à pied à Palerme . Unclair de lune magnifique , l’aspect dupays si riant et le bruit delà folle Pa-lerme , toute parée, toute brillante,toute vive comme une jeune fille quicourt au bal, me rendirent bientôt magaieté.

On m’avai t beaucoup.parlé de l’églisede Santa-Maria alla Catena (PI. 112) ;les peintres m’en disaient grand bien ,les architectes tout le mal possible ,c’était une grande raison pour la visi-ter. Ce nom lui vient de ce que, placéeà l’entrée de l’ancien port, on attachaità une de ses murailles la chaîne énormequi servait à en fermer la passe. D’au-tres prétendent que sous le roi Martin,vers le commencement du quinzièmesiècle, au moment où l'on conduisait ausupplice trois malfaiteurs, un orage desplus violens vint à éclater ; ces malheu-reux s’échappent, se réfugient dansun petit oratoire, asile inviolable bâtià cette époque sur l’emplacement del’église de Santa-Maria alla Catena.Chassés par la faim, ils quittèrent leurretraite et se laissèrent appréhender denouveau. Interrogés, ils répondirentque pendant la nuit la Mère deDieuîeuravait apparu , avait brisé leurs chaîneset les avait bénis. On crut au mira-cle, la grâce fut accordée aux protégésde la madone, et le roi, accompagné de