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lendemain nous essayâmes de conti-nuer notre route, mais le vent nouspermit à peine de courir quelques bor-dées , et bientôt il nous obligea de ren-trer dans leport. Nous yrestâmes troisjours, je les employai à mettre enordre les notes que j’avais prises enSicile . Mon compagnon, qui n’avaitpas cette ressource, passait ses jour-nées à manger des oursins, à se dépiterou à prendre des bains de mer, seulsdivertissemens qu’offrait à ses ennuiscette petite île , qui n’a pas troislieues de tour. Enfin, dans la nuitdu 20, le patron nous fit avertir que levent était passé à l’est et paraissaitvouloir s’y maintenir. Nous nous hâ-tâmes d’en profiter. Nous marchâmestoute la nuit et une partie de la mati-née , et vers midi nous nous trouvionssans un seul air de vent à la hauteurdu cap San-Vito , à douze lieues toutau plus de Palerme , après six joursde voyage.
L’équipage était d’une humeur mas-
sacrante. Mon Anglais maudissait lessaints du paradis. En vérité, nousaurions tous préféré une bonne tem-pête. Moi surtout, qui déjà me propo-sais de publier une relation de monvoyage, j*aurais eu le plus joli cha-pitre. Beau sujfi.t d’amplification, oùpour la première fois mes réminiscen-ces de collège m’auraient servi àquelquechose. La foudre, les vents, les ondes,tous les élémens déchaînés, la pâleurdes passagers, les cris des matelots,les voiles, les cordages qui se brisenten sifflant, les flancs du navire entr’ou-verts et le héros se sauvant à la nage,épisode plein d’intérêt, auquel il fautrenoncer par respect pour la vérité,qui, comme on sait, tient toujours leburin de l’histoire. Tout cela se ré-duit à un calme plat aussi peu poé-tique, aussi peu digne de la trompettede Clio que l’existence toute paisible,toute prosaïque d’un bourgeois du Ma-rais.