MALTE
Pour épargner au lecteur le lourdennui de cette traversée, dont quel-ques bons dîners arrosés de vin deMarsala furent les seuls événemensdignes de souvenir, jele conduirai sansretard sous les bastions de la citéValette (PL 11 5 ), sans même nous ar-rêter à Pantaleria, l’antique Cossyra,petite île moins grande que Paris etpeuplée de trois mille cinq cents habi-tons , qui vivent, dans la crainte deDieu et des deys de Tunis , du produitde leurs vignes et de leurs champs decotonniers. Et s’il a la patience de par-courir ces pages , en attendant que lespréposés du port aient vérifié notrepolice de charge, je rappellerai à sessouvenirs les points les plus importonsde l’histoire de Malte.
Les îles de Malte et de Goze fu-rent connues des anciens sous les nomsde Melita et de Gaulos, et sont souventmentionnées dans les écrits qui noussont parvenus. Depuis Homère , plusde cinq cents auteurs ont composé desouvrages spéciaux sur cet archipel dontla circonférence totale est tout au plusde vingt lieues. Les Phéniciens parais-sent avoir possédé l’île de Malte dès lestemps les plus reculés, ainsi que leprouve ce passage de Thucydide : «LesPhéniciens occupaient presque toutesles côtes de la Sicile et en outre,pour les intérêts de leur commerce, lesautres petites îles adjacentes ; » on litaussi dans Diodore : « Dans la mer ausud de la Sicile sont trois petites îlesqui chacune ont une ville et un portqui ollre aux vaisseaux battus par laN.
tempête un abri sûr. La principale senomme Melita , c’est une colonie desPhéniciens qui, lorsqu’ils naviguaientpour leur commerce jusqu’à l’Océan oc-cidental , relâchaient dans celte île atti-rés par la bonté du port» .La troisièmeîle, dont il est ici question, est Cumin,qui forme avec les rochers de Cumi-netto et de Folfona l’archipel de Malte.
Plus tard, les Carthaginois, leursdescendans et leurs rivaux, attirés parles mêmes avantages que ces portsoffraient, s’en emparèrent et y lais-sèrent plusieurs monumens puniques;ces îles éprouvèrent le sort de la Si-cile , furent soumises aux Romains, et,à la chute de l’empire, passèrent sousla puissance des Sarrasins.
En 1089, Malte et les autres îlesvoisines furent conquises par Roger,comte de Sicile , sur le roi de Tunis .En i 53 o, cette défaisait partie de lamonarchie espagnole, lorsque Charles-Quint la céda aux chevaliers deRhodes . Depuis , ces religieux ontpris le titre de chevaliers de Malte.Comme à dater de cette époque lesannales de l’île sont intimement liéesà l’histoire si intéressante de l’ordrede Jérusalem , on me permettra de jeterun coup d’œil rétrospectif sur les vi-cissitudes de cette religion.
En 1048, lorsque l’Europe enflam-mée d’un saint zèle se déversait surl’Asie et venait expier, sur les dallesdu saint Sépulcre, les crimes commis àhuit cents lieues de là, des gentishom-mes d’Amalfi , émus de compassionpour les mauvais traitemens dont les