1
368
avec promptitude, et peu de tempsaprès mon entrée dans le port j’étaisinstalé dans une assez bonne aubergetenue par un Français . Le lendemain,de bonne heure, je commençai à rem-plir mon rôle d’explorateur sur cetteterre si fertile en modèles de bravoure etde foi religieuse, cette terre où l’on peutdire à chaque pas : Sta viator , heroemcalcas !
On imaginerait difficilement une îleplus richement dotée par la nature enports d’un ancrage sûr pour les vais-seaux. Ceux d u Mar s a Scirocco, situé àl’est, le grand port de Malte , celui deMarsamuscetto, ceux de Saint-Paulet de Mellecha, méritent toute l’at-tention du voyageur. Une multituded’autres plus petits , tels que Saint-Georges, Saint-Julien, le Saline, peu-vent encore offrir un asile à des na-vires de grande dimension.
Du rivage, vers le centre de l’île, letrajet est animé par une multitude devillages , disposés en groupes rap-prochés sur un territoire peu monta-gneux , de manière à présenter l’aspectd’une grande ville qui se continueraitjusqu’aux bords de la mer.
La capitale de l’île, la cité Lava-lette , qui a remplacé l’ancienne villeappelée Cività-Vecchia, contient unefoule de monumens remarquables ,dont la richesse et la variété se res-sentent de l’influence des chevaliersqui les ont fait construire. Au milieude toutes ces maisons bien décorées,ornées de colonnes et de balcons, onvoit s’élever les tours et les clochersd’un nombre infini de chapelles et d’é-glises. Malte , cette terre jadis guerrièreet religieuse, tient encore au culte ca-tholique qui flatte son désir de spec-tacles et de fêtes.
L’église de St.-Jean, où sont ren-fermés les tombeaux des grands maîtres
etdeschevaliers, est surtout très-propreà faire pénétrer dans les cœurs la foidouce et tendre des chrétiens, revêtuede toutes les couleurs les plus brillantesde cet orientalisme, où, jusqu’à présent,l’homme d’action n’a révé que canons,drapeaux , cimetères, combats, siègeset victoires. Une chapelle souterrainerenferme un grand nombre de monu-mens funéraires des grands-maîtres.
Aü milieu des nombreux trophéesqui rappellent les hauts faits de ceshéros, j’oubliai les vices et la pira-terie dont le souvenir ternit les an-nales de Malte , et je m’inclinai de-vant les tombeaux ou reposent Villiersde l’fsle-Adam, la Valette et de Vigne-Court , en gémissant de voir ce Pan-théon de demi-dieux français sous ladomination anglaise !
On me montra le trésor de la basi-lique, qui consiste en une grande quan-tité de vases d’or massif ornés de pierresprécieuses. On prétend que les Maltais,craignant le pillage des Français lorsde l’expédi tion de Bonaparte en Egy p te,eurent l’idée de peindre en noir deuxportes massives d’argent qui se trou-vaient dans l’église, et qui, par cetteruse, purent être confondues avec dufer. Au nombre de ses richesses, cetteéglise compte un excellent tableau duCaravage , représentant la décollationde saint Jean.
Le palais du grand-maître présentede vastes salles ornées de colonnes enmarbre blanc d’unegrandebeauté, eten-richies des portraits des grands-maîtreset des chevaliers qui se sont distinguésdans les expédi tions militaires contre lesTurcs. Je remarquai surtout un salontrès-pittoresque dont le parquet est cou-vert d’une natte jaunâtre, et les murail-les décorées de tapisseries, représen-tant les productions les plus variées etles plus riches de l’Afrique et de 1 Asie .
'f
V
i
*
!
I
4 .