Buch 
[2] (1835) Royaume de Naples, sites, monumens, scènes et costumes, d'après Haudebourg-Lescot ... [et al.] : Sicile et Malte, sites, monumens, scènes et costumes, d'après Haudebourg-Lescot ... [et al.] / par C.-D. de la Chavanne, D.-D. Farjasse et P****
Entstehung
Seite
367
JPEG-Download
 

MALTE.

vies avec une ardeur incroyable. On seportait avec une avidité égale, soit auxspectacles, soit .aux temples. C’estpresque toujours dans la détresse quele peuple recherche avec plus d’em-pressement l’éclat des réjouissancespubliques : mais, hélas ! leur luxe etleur potnpe ne sont trop souveht que lemanteau d’un jour jeté sur les haillonsde la misère, qui le lendemain repa-raissent plus hideux ! Le GuillaumeTell sortit du port, au coucher dusoleil, sous les ordres du contre-amiralDecrès . Mais ni l’obscurité de la nuit,ni le silence qui s’observait à bord, nepurent le soustraire à la vigilance despostés avancés du Coradin et de laMarse. Des signaux partaient en mêmetemps de ces deux positions ennemies,et le Guillaume Tell , après un combatoù toute la valeur de la vieille ma-rine française brilla avec un nouveléclat, fut contraint de céder à la forceet au nombre. Toute espérance de se-cours fut désormais ravie aux assiégés,et il fallut songer à se rendre. Déjà leshommes n’avaient plus pour nourriturequ’une livre et demie de pain par jour.Les femmes en recevaient une seule-ment ; les enfans de trois ans jusqu’àdouze trois quarts de livre, et ceux au-dessous de trois ans une demi-livre.

Une bombarde, partie de Toulon de-puis vingt-quatre jours, arriva heureu-sement à Malte à la fin de juin 1800 ,chargée de vin, d’eau-de-vie, de lé-gumes et de lard , et aida les assiégésà supporter leur misère pendant quel-que temps encore. A cette époque, lespoules avaient entièrement disparu ,ainsi que les chiens et les chats, lesânes , les mulets et les chevaux. 11restait encore des rats dont la valeurétait exorbitante. On en a vendu jus-qu’à trois francs. Ce dernier secoursconsommé, il ne fut plus possible déN.

36 7

résister à la rigueur d’une pareille di-sette , et d’attendre les résultats quepromettait la bombarde nouvellementarrivée. Aussi, après les premiers mo-mens donnés à la joie que répanditdans l’île la nouvelle du changementpolitique survenu en France , après laproclamation du gouvernement consu-laire , qui fut accueillie avec enthou-siasme par la garnison, le généralVaubois proposa la reddition de l’île deMalte aux Anglais . Les conditionshonorables qu’il y mit furent acceptées ;l’amiral Nelson prit possession de l’îleau nom de son gouvernement, et deuxjours après l’entrée de l’ennemi dansla place, les Français l’évacuèrent en-tièrement. Malte est restée depuis cetteépoque au pouvoir de l’Angleterre , etmaintenant que 1 e commerce du Levanta cessé d’être l’apanage exclusif de lamarine britannique, les habitans decette île ne trouvent plus d’alimens àleur activité et à leur industrie. Le fortde La Valette n’est plus qu’un lieu derepos pour les navires. Aussi la pau-vreté est-elle grande à Malte , malgréles moyens d’existence que la garni-son anglaise peut fournir encore auxhabitans : ils se hâtent d’émigrer dèsqu’ils en trouvent l’occasion. La plupartse rendent en Afrique où leur langue,qui approche beaucoup de celle desArabes, leur procure de grands avan-tages. Us échappent ainsi à la misèrequi règne à Malte, où souvent la popu-lation manque des choses les plus né-cessaires à la vie.

Les Anglais ont importé à Malte cetesprit d’ordre et de sage liberté qui ca-ractérise leur nation : pas de ces len-teurs , de ces petites taquineries quiattendent toujours le voyageur sur lecontinent à son passage d’une frontièreou au port de son arrivée. La cérémo-nie de notre débarquement s’elïectua