MALTE.
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Cette île est située à deux mille toi-ses nord-ouest de Malte . La communi-cation se fait journellement au moyend’une infinité de barques qui relâchentordinairement pendant le trajet de l’îlede Cumin, dont le rivage, garni de ro-chers, présente des aspects romantiquesdignes du pinceau de Salvator Rosa .
Après avoir touché le grand port deGozzo, mon premier soin fut de merendre au couvent de Saint-Augustinpour y profiter de l’hospitalité que lesreligieux accordent attx étrangers, caril était trop tard lorsque je partis deMalte pour pouvoir revenir le mêmesoir. Ce couvent servit d’asile et deforteresse aüx chevaliers pendant lescroisades de saint Louis. Après quel-*ques instans de repos, je m’engageaidans les montagnes de Gozzo, si inté-ressantes pour l’artistè comme pourl’antiquaire. Des sites variés et pitto-resques , un terrain fertile ; des tron-çons de colonnes en marbre, des cha-piteaux, des bases et d’autres fragmensde divers ordres d’architecture, four-nissent à l’un et à l’autre de piquanssujets d’étude. Parmi les monumens lesplus remarquables, j e dois citer surtoutle château ou la tour des GéanS , édi-fice de la plus haute antiquité, dontlés proportions colossales ne peuventêtre rapportées au style élégant desGrpcs, comme l’ont affirmé certainsauteurs, mais accusent plutôt la ma-nière de bâtir des Phéniciens , à moinsque l’on n’adopte l’opinion de M. Maz-zara, qui considère ces ruines commeun temple antédiluvien.
Au milieu d’un vallon qui s’étendjusqu’au port Saint-Paul, se trouve,creusé dans les flancs d’un rocher voisind’une Carrière d’albâtre, un asile célèbreparmi les poëtes, chanté par Homère et par Fénelon , la grotte de la déessé
Calypso (PI. 117). Elle n’a de remar-quable que les souvenirs de la fictionpoétique qui se rattachent à son exis-tence, si toutefois elle est réellement lagrotte de Calypso, car l’île de Fano dispute à Gozzo l’honneur d’avoir étéle séjour delà trompeuse déesse.
Le chevalier Mazzara pense que l’îlede Gozzo (appelée par les Grecs Gau-los, et dont le nom actuel ne date que dela domination des Espagnols , chez les-quels il signifie plaisir) , doit être l’îlede Calypso. Il ajoute que, par une actiongraduelle des flots ou par quelque com-motion subite, l’île de Cumin s’esttrou-vée tout à coup séparée de Malte et deGozzo, avec lesquelles elle ne faisaitprimitivement qu’une seule île.
D’autres commentateurs ont imaginé,d’après quelques lignes d’Ovide , que lenôm originaire de Gozzo était Cozyre.
Il est impossible de quitter Gozzosans avoir fait une visite au rocher, oùcroît le fungus melitensis (champignonde Malte); ce rocher est situé sur lesbords de l’île ; du côté opposé à ceuxqui regardent Malte. On y parvientau moyen d’une espèce de cage suspen-due à deux cordes ; la Planche 11 5 bisindique mieux que je ne puis le faire ,les procédés aussi pittoresques qu’in-génieux de ce voyage aérien.
On attribue un grand nombre depropriétés médicinales au fungüs tne-litensis. On lè dit surtout excellentpour arrêter les hémorrhagies.Peut-êtrecependant aurions-nous omis d’en par-ler sans le monopole assez curieux au-quel ils ont donné naissance. Le gouver-neur de l’île et les principaux officiersont seuls le droit de les récolter. Lemême privilège existe en leur faveurpour les câpres qui croissent abondam-ment sur les fortifications de Lavaletteà Malte .