poirs de l’amour. Que les moralistessévères, qui appellent du nom de ba-gatelles de pareils ouvrages, jettentdonc aussi cette insultante épitliete auxœuvres de Properce et de Tibulle . Pein-dre avec un bonheur toujours nouveaud’expressions l’ingratitude du cœur, safaiblesse, ses retours fantasques, sesrévolutions à propos de rien, entre®mêler l’histoire secrète du sentimentle plus orageux d’allusions historiques,grandes et nobles, de pensées philoso-phiques souvent sublimes, c’était as-surément prouver plus de pénétration,de connaissances et de sentimens artis-tiques qu’il n’en faudrait avoir pourcomposer des bagatelles.
Par ses travaux, ses découvertes,ses encouragemens, ses sacrifices, Pé-trarque peut être regardé comme levéritable créateur des lettres en Eu-rope . Lorsque je contemplais sur lacolline d’Arquà ce vaste tombeau demarbre rouge soutenu par quatre co-lonnes, dans lesquelles ses restes re-posent, il me semblait moins y voir ladépouille d’un homme qu’un monu-ment élevé aux travaux de l’intelli-gence, qu’un trophée attestant le triom-phe de la civilisation des lettres surl’ignorance et la barbarie.
Le voyage d’Arquà à Padoue prendun caractère très-singulier par les fré-quentes embarcations auxquelles on estobligé pour traverser les nombreusesrivières et canaux qui coupent le pays,et contribuent à sa fertilité, sans ajou-ter à sa beauté. La route, parallèle aucanal qui conduit à Venise , est bordéede villa construites d’après les dessinsde Palladio. L’horizon est borné par lesAlpes rhénanes.
'Voici Padoue , l’une des plus an-ciennes villes de l’Italie , et jadis laplus savante. Elle est située entre leMéduacus major et le minor, fleuves
L.
qui ont changé leurs noms contre ceuxde Brenta et de Bacchiglione. Nousn’avons point de témoignage plus bril-lant sur l’ancienneté de Padoue , qpeces vers de Virgile , qui en attribue lafondation à Anténor :
Anlencr potuit mediis elapsus achrvis,
Ulyricos penetrare sinus, alque intima tutusRégna Liburnorum et fontem superare Timayi.
Hic tamen ille urbem Patavi sedesque locavitTeucrorum.
Antenor, de la Grèce affrontant la furie,
A bien pu pénétrer dans les mers d lllyrie,
A bien osé franchir le Timave fameux
Là, lui-même à Padoue, en dépit de Junon ,
A son peuple a donné ses armes et son nom.
Les savans, il est vrai, disputentpour savoir si la Brenta est véritable-ment le Timavus de Virgile , et si laville qu’il appelle Patavium est la mêmeque nous appelons Padoue ; mais il estdifficile de croire qu’il ait pu s’y mé-prendre , et le plus grand nombre deshistoriens s’accorde à rapporter la fon-dation de Padoue à Anténor. On placecette époque en 11 83 avant J.-C., etc’est ainsi qu’on l’a gravé sur la petiteporte del Portello ou d’Ogni-Santi.
La puissance militaire de cette villea long-temps brillé d’un vif éclat, puis-qu’au rapport de Strabon , elle avaitpu fournir à la fois plus de cent vingtmille soldats, et qu’on y avait comp-té jusqu à cinq cents chevaliers ro-mains. D autres historiens ajoutentmeme qu’elle renfermait anciennementun million et demi d’habitans. Dans letemps où les Romains, assiégés jusquedans le Capitole par les Gaulois, étaientréduits aux dernières extrémités, lestroupes de Padoue , secondant la valeurde Camille, contribuèrent surtout ausalut des Bomains. Ceux-ci reçurent