l’homme. Ce repos conservé par la timi-dité au moins autant que par la sagesse,on ne pouvait pas se flatter den êtreredevable à la réputation dont le gou-vernement jouissait, puisque sa con-sidération diminuait de jour en jour.Les passions actives auxquellesla guerreoffre un aliment, avaient pris une autredirection, et la morale publique n’yavait point gagné.
* Les paisibles habitans de Venise ,à qui leurs pères, leurs aïeux, n’avaientpu raconter la guerre avec cet accentqui électrise et qui n’appartient qu’àceux qui l’ont faite , devaient être dis-posés à adopter des maximes politiquesqui prolongeaient leur état de repos etjustifiaient trop bien le sentiment deleur nullité militaire. Le défaut desgouvernemens faibles est d’être irré-solus ; ils attendent que la violence descirconstances les force à prendre unparti, et alors leurs déterminations sontl’œuvre de la nécessité et non de la pru-dence.
» On avait donc établi ce principe,que la république devait se borner aubesoin de sa conservation, ce qui étaitfort raisonnable sans doute ; on ajoutaitque cette conservation dépendait d’uneimperturbable neutralité ; mais enmême temps elle rompait cette neutra-lité en vexant les négocians français ,en recevant les fugitifs de la Corse, endonnant la chasse aux gardes nationaleset en soutenant le roi en sous-main.
« Enfin, par faiblesse et par craintede la France , le sénat, à la majorité decent quarante-quatre voix contre qua-rante-trois , notifia à Louis xvm, alorsréfugié à Vérone , qu’il eût à quitter leterritoire de la république, et cela enn’y mettant pas tout le respect dû aumalheur.
» Je partirai, dit le roi ; mais j’exige» qu’on me présente le livre d’or pourL.
» que j’en efface le nom de ma famile,
» et qu’on me rende l’armure dont l’a-» mitié de mon aïeul Henri iv avait fait» don à la république. »
» Ce nom fut effacé de dessus le livred’or, mais l’armure ne fut pas rendue,et Louis xvm quitta la république. »
Venise commence à Attila, et finit àBonaparte . Cette reine de l’Adriatique,dont 1 empire fut de quatorze siècles,devait naître et mourir au milieu d’o-rages plus violens que ceux de la merqui l’environne, et, la terreur de deuxconquérans produisit différemment sonorigine et sa chute.
Après un aperçu rapide de l’histoirede Venise , parcourons cette intéressantecité, et visitons ses monumens princi-paux. Au premier rang il faut mettrela place Saint-Marc , l’église et le palaisDucal, qui forment à peu près le pointcentral de la ville ; c’est là que résidela majesté de la république. C’est par-là aussi que je commencerai ma des-cription. ( Voyez les planches 21 o à 218pour tout ce qui concerne Saint-Marc , le palais Ducal , la place et lapiazzettà).
Le soleil n’était point encore couché,ses derniers rayons rougissaient encoreles dômes et les clochers, et se brisaienten faisceaux des plus riches couleurssur les façades et le pavé, quand, ensortant du demi-jour de ces étroits pas-sages, je me trouvai dans la place laplus frappante et la plus magnifiqued’Italie , la place de Saint-Marc . Pavéeentièrement de larges dalles, diviséespar compartimens en marbre, ce qui latient toujours dans un grand état depropreté, cette place est unique aumonde. Là se trouvent en présencel’Orient et l’Occident : d’un côté le pa-lais Ducal avec l’architecture de den-telles, les balcons et les galeries desmonumens arabes ; l’église de Saint