UE VENISE
sirs, le Mantouan ne paraît pas avoirtoujours été fort bien accueilli par lesfemmes. Il fulmina contre elles, sanscloute par esprit de vengeance, une sa-tire bien moins poétique, mais bienplusvirulentequecelledeBoileau. Géo-graphie , fable, histoire, religion, leMantouan a tout abordé, toutmis en œu-vre, presque toujours sans goût et sansmesure, quelquefois cependant avecesprit et avec grâce. Là il représentela Vierge jouant une ridicule églogueavec un berger païen. Ici une cor-neille et une poule d’eau se livrent àdes méditations pastorales tout-à-faittouchantes. Tantôt le poëte s’élèveavec force contre les abus du clergé deson temps, et contre les croyances gros-sières de ses contemporains; tantôt ilreconnaît l’enchanteur Merlin pour unvrai prophète ; il va même jusqu’à ad-mettrel’histoire fabuleusedela papesseJeanne , ainsi qu’on peut le voir dansles vers suivans .•
Hic pendebat adhùc sexum mentita virilem,Fœmina cui triplici Ghrygiam diademate mitram,Extollebat apex, et pontificaüs adulter.
Voici comment Florimond , vieuxpoëte français , a traduit ce passagedans son Antipapesse:
Je vy en ung gibet cette fine femelleQui, travestie en homme, et feignant un saint zèle,
Jusqu au siégé papal , par ruse était montée :
Or,avait sur son chef, cette femme effrontée,
Le triple diadcme , et son pailliard étaitAuprès d elle pendu , qui son mal délestait,
L’église de Saint-André , un de spremiers et un des plus purs ouvragesde la renaissance , possède de noblesmausolées. Le premier qui frappe lesyeux est celui du marquis JéromeAndreasi et de sa femme HyppoliteGonzague : plus loin on voit le tom-beau deMantegna, placé dans la cha-pelle du même nom. André Manteena
peut être considéré comme le restaura-teur de la peinture en Italie apresl’invasion des barbares. Il naquit àPadoue, mais c’est à Mantoue qu il sefixa avec sa famille , sous les auspices’du noble et généreux marquis Louisde Gonzague .
La relique la plus vénérée de saintAndré est le célébré sang de Jésus-Christ , conservé dans une' double fiolede forme cylindrique, dont le travaila été faussement attribué-à BenvenutoCellini .
Je rapporterai l’histoire de ce resteprécieux, telle quelle s’est conservéeparmi les habitans de Mantoue . Aunombre des soldats qui furent envoyéspar Pilate pour rompre les jambes auxtrois crucifiés , il y en eut un, appeléLongin pan les pères et les docteurs,mais dont le nom ne se trouvepoint dans l’Evangile : ce soldat recon-nut que Jésus était mort, et qu’ainsila fracture serait en pure perte ; pourmieux se convaincre que la victimeavait cessé bien réellement d’exister, illui perça le côté avec sa lance , il sortitde la blessure un sang mêlé d’eau , dontquelques gouttes atteignirent par ha-sard les yeux du Bomain , qui avaitordinairement la vue trouble : aussitôtil recouvra l’usage de cet organe danstoute sa perfection. Touché de ce mi-racle , Longin recueillit dans un vasetout le sang qui était à terre , et pritaussi l’éponge imprégnée de fiel et devinaigre; il garda précieusement cestrésors, rechercha les instructions desapôtres, et reçut avec eux le Saint-Es-prit et le don des langues le jour de laPentecôte. Longin quitta Jérusalem avec 1 éponge , la lance et le précieuxsang : il laissa la lance à Antioche ;,ensuite il s’embarqua pour l’Isaurie ,sa patrie, et la volonté de Dieu le fitaborder sur une plage de l’Adria-