INTRODUCTION.
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Ces divers motifs nous portèrent à dresser lacarte générale de l’Océanie qui accompagne notreatlas de TAstrolabe . Notre intention était de con-stater par ce document l’état précis de nos con-naissances sur l’Océanie pour le commencementde 1830, époque de la publication. Notre but s’esttrouvé atteint d’une manière satisfaisante, puisquedepuis près d’une année que cette carte est publiée,sur plus de vingt îles prétendues nouvelles signa-lées depuis cette époque par divers navigateurs,il n’en est pas une qui ne se soit rapportée àquelqu’une de celles que nous avions tracées. Ilest probable, au contraire, que nous en avionsindiqué im certain nombre qui devront être rayées,après un examen plus sévère et de nouvelles re-cherches. C’était déjà notre opinion en les indi-quant, puisque nous les accompagnions d’un signede. doute, et notre but était d’appeler l’attentiondes voyageurs sur ces prétendues terres, afin deconstater leur non-existence.
Les dimensions bornées du cadre imposé à no-tre carte ne-nous permettaient point la synonymieque l’on trouve dans les cartes d’Arrowsmith etmême dans celles de Krusenstern . Nous fûmesdonc obligé de prendre un parti définitif pour lanomenclature, et voici celui que nous adoptâmes,comme étant à la fois le plus convenable et leplus équitable. Toutes les fois que nous pûmesnous procurer le nom employé par les naturels ,nous n’hésitâmes point à l’adopter et à le substi-tuer à tous ceux qui avaient été proposés , quelque fût le navigateur dont ils provenaient. Maislorsqu’il nous fut impossible de connaître les nomsdes indigènes, alors nous conservâmes religieuse-ment le nom du premier découvreur, pourvutoutefois que ses droits fussent avérés. Déjà c’étaitainsi que nous en agissions dans le cours de notrevoyage de l’Astrolabe , et nous ne nous sommespermis d’imposer des dénominations personnellesqu’aux lieux dont les noms primitifs nous étaientinconnus, et qui n’en avaient reçu aucun des navi-gateurs précédens; encore avons-nous toujoursconsidéré nos désignations comme purement pro-visoires et destinées à céder la place à celles desindigènes quand elles seront une fois connues. Ausiècle où nous sommes, il y atout autant de pué-rilité de la part d’un navigateur à imposer desdénominations nouvelles et inutiles qu’à prendrepossession d’une île nouvelle au nom de son gou-vernement. Les noms indigènes sont des tracesrespectables de la population primitive, et peut-être dans un siècle ou deux en seront-ils l’uniquevestige , quand la civilisation européenne aura toutenvahi et tout renouvelé.
Quant à l’orthographe des noms primitifs, nousavons constamment suivi le système que nous nousétions tracé depuis le .commencement de notrevoyage sur la Coquille , c'est-à-dure que rous avo.us
donné aux lettres de notre alphabet toute leur va-leur , à peu près comme cela se pratique dans lalecture du latin selon la méthode française . Encela nous nous sommes rencontr és avec la méthodeque suivent aujourd’hui assez uniformément lesmissionnaires de la mer du Sud.
A l’exemple des missionnaires, nous avons aussidésigné certains archipels par le nom de l’île prin-cipale ; c’est ainsi que nous avons dit îles Hawaii ,ries Ta'iti, îles Tonga, îles Nouka-Hiva , au lieu deîles Sandwich , îles de la Société, îles des Amis,îles Marquises . Ces premières désignations sontplus simples et ont en outre l’avantage d’être com-prises par les naturels. Les noms de Nouvelle-Hol-lande et de terre de Van-Diémen seront habituelle-ment remplacés par ceux d’Australie et de Tasma-nie , déjà généralement adoptés par les colons deces deux îles. Mais nous avons conservé ceux deNouvelle-Zélande , Nouvelle-Calédonie , Nou-velles-Hebrides , îles Salomon , Nouvelle—Irlande,Nouvelle-Bretagne , Louisiade et Nouvelle-Gui-née , par la raison toute simple que nous n’avionsrien de mieux à leur substituer.
Du reste, ces innovations embarrasseront peule lecteur , car nous aurons l’attention d’indiquer,dans le texte, pour chaque île ou groupe d’îlcsque nous visiterons, les noms imposés par les na-vigateurs les plus connus ; on aura même ainsi l’a-vantage de pouvoir retrouver à l’instant la mêmeterre sur toute autre carte. C’est un travail qui n’apas encore été fait, et qui deviendra néanmoinsde plus en plus indispensable, surtout si notresystème de nomenclature ou tout autre semblablen’est point adopté d’une manière définitive.
En outre des gravures sur acier sont destinées àaccompagner le récit de notre voyageur, et repré-senteront, avec toute l’exactitude que l’on peut dé-sirer, les lieux décrits, les scènes maritimes, lesportraits, les costumes, les animaux, les planteset les curiosités naturelles. Annoncer que ces des-sins seront l’œuvre de M. Sainson, c’est dire asseztout le talent, l’intérêt, et surtout la vérité qui lesdistingueront. Cet artiste n’aura, pour ainsi dire ,qu’à puiser dans l’immense porte-feuille qu’il arapporté du voyage de l’Astrolabe, et dont la pu-blication de cette expédition n’a pu faire connaîtrequ’une partie.
En un mot, mes collaborateurs et moi, nous fe-rons en sorte que la lecture de notre Voyage pitto-resque autour du monde soit à la fois instructive etamusante , but essentiel de tout ouv-ffàge destiné àune masse npmbreuse de lecteurs.
J. Bujioxt d’Urville.