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Tome premier.
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VOYAGE PITTORESQUE

AUTOUR DU MONDE.

CHAPITRE I.

—*“ ILES BALEARES *

Sur le point d’entreprendre un voyage de longcours, l’aventurier qui s’abandonne au hasard desévénemens jette un regard vers la patrie à la-quelle il lait ses adieux. Un vif regret se mêle àses résolutions : il ne sait s’il pourra revoir encoreson pays et la limite de cette terre natale qui ré-sume alors pour l’imagination les souvenirs de lafamille et de la jeunesse. Je me trouvais à Tou-lon dans cette disposition d’esprit, vers la fin dejuillet 1829. A cette époque, et par suite dublocus d’Alger parle contre-amiral de La Breton-mère , la physionomie de Toulon offrait unensemble d’activité bien remarquable. A la rade,au port, au bassin de carénage, à l’arsenal, à lacorderie, des milliers de bras organisaient lespremiers élémens d’une conquête qui fut lente-ment calculée , mais qui frappa les Etats barba-resques comme d’un coup de foudre. Le tempsétait venu de venger l’Europe du mépris et dela témérité de ces pirates. On doutait encore dela guerre à Paris ; on n’en doutait plus à Tou-lon . Cès imposans préparatifs faillirent m’ar-racher à mes préoccupations d’enfance, au désirde parcourir les diverses parties du monde, pourme faire de nouveau soldat, pour aller écrireaussi mon nom, à la pointe de la baïonnette,comme tant de braves camarades d’armes, surles masses gigantesques de l’Atlas ; mais j’étaischargé par plusieurs familles et maisons de com-merce d’intérêts et d’affaires , dont le souvenircalma bientôt ce mouvement irréfléchi. J’em-ployai le loisir que me laissait encore le pa-quebot anglais , sur le quel je devais dans peume rendre à l’ile de Madère , à visiter en détailToulon et ses alentours. De là datent les pre-mières notes de mon voyage.

Bâtie en demi-cercle devant un des plusbeaux ports de la Méditerranée, la ville de Tou-lon , ce Finistère méridional, est la sentinelleavancée de la France , et son histoire ne pouvaitT. I.

manquer d être féconde en révolutions. Son ori-gine se perd au milieu des suppositions fabu-leuses, et les etymologistes de la Provence ontembrouillé le problème qu’ils s’appliquaient àrésoudre. Quele germain Télamon, ou le généralromain Telo Martius , célébrités problématiquesdont les érudits seuls savent des merveilles, aientpris possession du sol avec leur glaive, on peutadmettre ou rejeter sans scrupule ces con jecturesque rien ne combat, que rien ne prouve. Cequ'il y a de certain, c’est que Toulon était déjàcélèbre par son industrie, sous le règne d’Ai’-cadius, fils de Théodose-le-Grand. On nous par-donnera de glisser sur la légende de saint Cy-prien, patron des Toulonnais, contemporainde Césaire et martyr de son patriotisme : il y ades complaintes qui en font foi. L’invasiondes Arabes passa comme un ouragan sur cettepartie de la Provence , qui refleurit bientôt àl'ombre des armoiries des comtes de Marseille .Deux fois les Sarrasins y descendirent avec lefer et la flamme : deux fois le génie de ses habi-lans reparut sur les décombres. Charles-Quint ylaissa le souvenir de sa puissance et de son épée.Depuis lors, ce fut en vain qu’aidé de la Hollandeet de l’Angleterre, le duc de Savoie tenta le siègede Toulon . Une fois seulement, à l’aide de nosdissensions civiles, cette forteresse, celte clef duMidi, fut livrée, par la corruption et l’intrigue,aux forces réunies de l’Espagne et de l’Angle-terre : c’était en 1793 ; et, pour le jeune officierd’artillerie qui posa depuis sur son front la cou-ronne impériale, ce fut une occasion de faire pres-sentir à l’Europe le guerrier dont les triomphesmilitaires, après avoir propagé la révolutionfrançaisesur tout le continent parles armes, de-vaient avoir pour terme le désastre de Mont-Saint-Jean et le rocher de Sainte-Hélène. Consi-déré comme citadelle maritime, Toulon peut of-frir sa protection à des milliers de bâtimens :aussi le regard se perd dans cette multitude devaisseaux, de frégates, de corvettes, de goé-lettes, flûtes, gabarres, chaloupes canonnières,avisos, allèges, transports, etc., amarrés dans la

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